Isabelle Joschke, du Figaro au Class 40

 

Isabelle Joschke prendra le départ de The Transat Bakerly à bord de son Class 40 sous les couleurs de Generali et de l’association Horizon Mixité pour la troisième année consécutive. Après quatre saisons sur le circuit Mini 6.50, puis sept participations à La Solitaire du Figaro, la navigatrice franco-allemande a un programme bien chargé avec The Transat Bakerly puis la Québec/Saint Malo en juillet et la Normandy Channel Race en septembre. « C’était la bonne année pour changer de catégorie, s’enthousiasme-t-elle. J’ai acquis une bonne expérience sur le circuit du Figaro, je pense avoir appris l’essentiel de ce que je devais y apprendre, notamment en côtoyant les meilleurs marins du monde. Je pense encore aujourd’hui que c’est le support le plus enrichissant pour un coureur solitaire. Le Class 40 est une suite logique dans mon parcours, et un nouveau challenge très excitant. »

Pour s’y préparer, Isabelle Joschke a mis l’accent cet hiver sur la préparation physique : « Le but n’était pas de prendre de la masse à tout prix, mais d’être suffisamment affûtée pour ne jamais être dans le rouge ou me laisser déborder en course. J’ai fait beaucoup de pilates pour travailler ma posture et mon engagement musculaire afin d’éviter les blessures et d’être la plus efficace possible sur ce bateau de 12 mètres. » Un voilier plus gros, plus puissant et plus exigeant donc, mais aussi plus moderne que ceux en lice sur le circuit du Figaro. « En Class 40, nous avons tous des bateaux différents, il y a des décisions stratégiques à prendre, par exemple dans le choix des voiles, se réjouit-elle. Le jeu est plus ouvert, je trouve cela passionnant. » A ses côtés dans ce projet, Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 92 – 93, 17 participations à la Solitaire du Figaro à son actif, dont une victoire en 1989. « Son expérience m’est très précieuse, insiste la skipper âgée de 39 ans. Il navigue avec moi sur cet Akilaria RC3 pour essayer le matériel et le valider. Ce type d’engin n’a pas de mystère pour lui, cela m’a aidée à me l’approprier plus rapidement. Il m’a aussi permis de l’aménager au mieux pour me faciliter les manœuvres à bord. »

Son objectif pour cette première saison en Class 40 ? Acquérir de l’expérience et apprendre, apprendre, apprendre ! En solitaire donc, mais aussi en équipage en Mach 6.50. « Cette alternance est très riche pour moi, souligne celle qui a découvert la voile pendant son enfance lors de vacances en famille sur des lacs en Autriche. J’apprends des autres qui n’ont pas forcément le même mode de fonctionnement que moi. Ils m’apportent un regard nouveau, par exemple sur la réalisation de certaines manœuvres. » Isabelle Joschke a notamment participé en mars dernier au Spi Ouest France avec un équipage 100% féminin : « Nous nous sommes régalées. Le résultat sportif était un peu décevant, mais j’ai aimé l’esprit de mon équipe, très volontariste et très à l’écoute. Il y a quelques années, certains nous donnaient des conseils au départ ou nous prévenaient que la course allait être dure. Aujourd’hui, heureusement, plus personne ne nous voit comme de petites choses fragiles ! »

Alors qu’aucune femme ne prendra le départ du prochain Vendée Globe, Isabelle Joschke continue son combat pour l’égalité homme-femme dans la voile. Ambassadrice des « Quatre saisons du sport féminin », elle entend faire entendre la voix des femmes, mais aussi hisser haut la mixité. La navigatrice reçoit, cette année, le soutien du Comité Onu Femmes France. « Nous sommes encore trop peu nombreuses, notamment dans les courses au large, regrette la native de Munich. Si les équipages féminins se développent, peu sont mixtes. Pour certains marins, c’est tout simplement impensable. Encore en 2016 ! C’est regrettable, car je suis persuadée que la mixité est une force. Nous avons des regards différents, entre autres, sur les manœuvres. Moi, par exemple, j’anticipe beaucoup pour limiter mes erreurs. Les hommes vont être plus rapides et spontanés. Dans un milieu mixte, ces messieurs nous poussent également à être plus combatives, plus compétitives. Des valeurs qu’on n’inculque pas suffisamment aux jeunes filles. Mais eux aussi ont à y gagner. En voile, par exemple, ils misent souvent sur leur force physique sans connaître leurs limites, là où nous connaissons et respectons davantage notre corps. Travailler ensemble permet à chacun de développer des facultés et des compétences nouvelles, de s’ouvrir à d’autres modes de fonctionnement. Il est possible de tirer le meilleur de cette collaboration, et donc d’accroître la performance collective. Tout le monde y gagnerait, sur un bateau comme en entreprise. »

 

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