First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

IDEC a franchi la ligne ce jour à 8h49mn et 30 s et pulvérise le record en 40 j 23h 30mn et 30s. C’est incroyable ce que Francis Joyon, Clément Surtel, Alex Pella, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Sébastien Audigane ont réalisé !  26 412 milles à la moyenne de 26,85 noeuds. Un record établi aussi grâce au concours de Marcel Van Triest, le routeur.
6 records ou temps de passage intermédiaires, à Leeuwin, Tasmanie, Antiméridien, Horn, Equateur et Ouessant. L’exploit est considérable, et l’analyse détaillée des performances quotidiennes fait ressortir d’étonnants faits d’armes, comme cette 14ème journée de mer à 894 milles parcourus à 37,3 noeuds de moyenne, ces 8 journées à plus de 800 milles, et 7 à plus de 700.

Avec le Vendée Globe, on les a suivis un peu de loin, du coin de l’œil, on ne les a presque pas vu venir et pourtant quel exploit ! 40 jours pour faire le tour du monde et à l’arrivée exploser le trophée Jules Verne détenu depuis 2012 par Loick Peyron.

On se souvient de la double tentative l’année dernière du trimaran rouge et de Spindrift, les vitesses incroyables, les efforts surhumains, les difficultés, les espoirs et … les désespoirs… et cette année après une tentative échouée en novembre, ils sont repartis le couteau entre les dents « terminer le boulot », boostés par les performances de Thomas Coville, motivés pour remonter toute la flotte du Vendée. Un scénario dingue.
Francis Joyon, avant de partir, nous disait qu’il fallait de la chance au niveau météo pour battre ce record et de la chance à chaque océan. L’année dernière, juste avant le Cap Horn puis la remontée de l’Atlantique, les conditions avaient été fatales. Cette fois-ci, la descente aura correcte, l’Ocean Indien et le Pacifique extraordinaire, l’Atlantique sud clément et l’Atlantique Nord la cerise sur le gâteau !

« Nous partons le 16 décembre dernier dans la plus grande incertitude » avoue le benjamin du bord Gwénolé Gahinet. Après une première tentative avortée quelques jours auparavant, la faute à une Zone de Convergence Intertropicale en pleine expansion sur la route d’IDEC SPORT, Francis Joyon et ses hommes repartaient le 16 décembre 2016 avec une confiance mesurée en l’issue de leur expédition, confrontés à de nombreuses interrogations quant à l‘évolution des grands systèmes météos en Atlantique Sud. Comme à leur habitude, ils s’élançaient pourtant sans retenue et se montraient rapidement à leur avantage, portant dès le 5ème jour de course leur avance sur le chrono référence à plus de 210 milles. Mais le pot au noir, décidément très remonté contre le maxi trimaran rouge et gris, douchait vite l’euphorie naissante en infligeant un impitoyable traitement à base d’orages, de vents tourbillonnants et de calmes plats. A 6,4 noeuds de moyenne le 21 décembre, IDEC SPORT signait la pire journée de sa tentative, ne progressant que de 186 milles en 24 heures. Son retard sur son concurrent désormais virtuel, le maxi trimaran Banque Populaire V explosait, pour atteindre au 11ème jour de course, à l’entrée des 40ème Rugissants, les 755 miles. C’est avec ce déficit à l’esprit, que le TEAM IDEC SPORT allait signer l’une des plus impressionnantes pages de l’histoire des grands records océaniques.

L’exploit des mers du sud

Lent à l’équateur, IDEC SPORT, tout en mangeant son pain noir, était parvenu à se glisser intelligemment en bordure des calmes de l’anticyclone de Saint Hélène, coupant au plus court au coeur de l’Atlantique Sud pour attraper au vol une dépression australe « d’école » dans sa puissance et sa virulence. Cette dépression abordée idéalement par sa face nord est, Joyon et ses marins allaient s’y cramponner avec une rare assiduité. Leur entêtement à ne jamais se laisser dépasser par le fort flux de nord ouest portait rapidement ses dividendes, et durant les 11 jours suivants, IDEC SPORT n’allait que très occasionnellement progresser à moins de 30 noeuds de moyenne horaire. Avec des pointes enregistrées à plus de 44 noeuds, la bande à Joyon traçait un sillon unique, exceptionnel, au coeur des inhospitalières mers du Grand Sud, saluant Bonne Espérance puis Leeuwin, deux des trois grands caps identitaires de ce Trophée Jules Verne à 4 jours et 9 heures d’intervalle. L’avance sur le tenant du titre était, le 4 janvier dernier, portée à une journée et demi au passage sous la Tasmanie. Un internaute australien avisé s’exclamait : « Deux jours pour traverser l’Australie! On ne peut même pas faire cela en voiture! » Un peu plus d’une semaine plus tard, Alex, Seb, Gwéno, Francis, Bernard et Clément rajoutaient une nouvelle coche à leur impressionnante série de passages du Cap Horn cumulée. Banque Populaire V était alors relégué à 4 jours et 6 heures du tableau arrière d’IDEC SPORT!  Phénoménal!

Un Atlantique Sud déjoué avec Intelligence.

Si Loïck Peyron avait, début 2012, connu une remontée de l’Atlantique Sud extrêmement favorable, IDEC SPORT se voyait confronté à un enchainement contrasté de phénomènes météos classiques en cette saison et dans cette partie du globe. Passées les îles Malouines, c’est une dépression très virulente surgit des côtes argentines qui infligeait à Francis Joyon et son équipe un traitement sévère à base de houle désordonnée et souvent contraire, dans des vents de sud ouest travers à la marche du bateau. Les hommes d’IDEC SPORT s’employaient à trouver le bon compromis entre préservation du voilier, et impérieuse nécessité de gagner rapidement vers le nord. Trois routes s’offraient ensuite à eux pour traverser au large du sud Brésilien ces zones peu ventées dites de transition. Entre quête du vent loin à l’est, et des allures de près le long des côtes Brésiliennes, Joyon, toujours soutenu par la pertinence des analyses de son routeur à terre Marcel van Triest, choisissait une voie médiane cap au nord, qui lui permettait, passé le cap Frio, de toucher dans des temps qualifiés de « corrects » les alizés de sud est. Restait une nouvelle fois, la quatrième en moins de deux mois, à affronter le pot au noir. Fidèle à ses (mauvaises) habitudes, celui-ci, à la vue du grand trimaran IDEC SPORT, choisissait de s’alanguir sous la forme d’une énorme bulle, certes peu virulente en terme d’activité orageuse, mais totalement déventée. Une nouvelle fois, les analyses de Francis et de Marcel s’accordaient pour jouer les extérieurs, les extrêmes, en poussant loin dans l’ouest et le nord de Fortaleza le choix d’entrée dans l’hémisphère nord. Pari gagnant. « Nous n’avons jamais été arrêtés! » pouvait s’exclamer Joyon en touchant les alizés de nord est.

Une arrivée tonique et tonitruante!

En adonnant progressivement à la latitude des îles du Cap Vert, les alizés offraient à IDEC SPORT angles et force de vents parfaits pour foncer vers le sud Açorien. Joyon and Co y accrochaient une nouvelle fois le bon wagon en partance pour la Bretagne. Ils renouaient avec un plaisir non dissimulé, malgré la légitime vigilance permanente à la bonne santé de leur monture, avec les très hautes vitesses, 30 noeuds et plus, pour dessiner une impressionnante parabole transatlantique depuis le nord este Brésilien.

Quelques chiffres…

La pire journée a été la 6e (le 21 décembre), avec une VMG de seulement 6.4nds

La meilleure journée a été la 14e, 894 milles sur le fond à 37,3noeuds de moyenne

Le retard max sur Banque Populaire a été de -755 nm, enregistrée le 11e jour, (26 décembre).

L’avance max a été de nm, enregistrée le 41ème jour (26 janvier)

La perte la plus importante de -384 nm en 24h, a été enregistrée le 10e jour et le gain le plus important, de 416 nm en 24h, a été enregistré le 25e jour (9 janvier).

Distance parcourue sur le fond : milles, contre 29 002 pour Banque Populaire V

Temps de passage :

Equateur Aller : 5 jours, 18 heures, 59 minutes, soit 4 heures et 3 minutes de retard sur Banque Populaire V

Bonne Espérance : 12 jours, 19 heures, 28 minutes, soit 0 jour, 21 heures et 40 minutes de retard sur Banque Populaire V

Cap des Aiguilles : 12 jours, 21 heures, 22 minutes, soit 0 jour, 21 heures, 34 minutes de retard sur Banque Populaire V

Cap Leeuwin : 17 jours, 06 heures, 59 minutes, soit 16 heures et 58 minutes d’avance sur Banque Populaire V

Tasmanie : 18 jours, 18 heures et 31 minutes, soit 1 jour, 12 heures et 43 minutes d’avance sur Banque Populaire V

Cap Horn : 26 jours, 15 heures et 45 minutes, soit 4 jours et 6 heures d’avance sur Banque Populaire V

Equateur retour : 35 jours, 4 heures et 9 minutes, soit 2 jours, 22 heures et 36 minutes d’avance sur Banque Populaire V.

Equateur – Ouessant : 5 jours, 19 heures, 21 minutes

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