Gabart va devoir ralentir dans les prochains jours

Nous avons eu Francois Gabart au téléphone ce jeudi 15h alors qu’il venait de battre le record Ouessant – Cap de Bonne Espérance.

Comment ca va ?
Ca va super bien. Ravi d’être là à cette place la. Jamais je n’aurai imaginé être içi en avance. C’est assez génialissime. Le bateau et le bonhomme vont bien. On va faire un check demain mais les 24h prochaines s’annoncent très difficiles.

Quel est la part du bateau et de l’homme dans ta réussite ?
Francois : On ne sait pas. On ne peut pas aller dans l’Indien sans une bonne méteo. Il faut tenir le rythme de cette fenêtre. On ne peut pas faire la part des choses entre le bateau, l’homme, l’équipe, le routage. C’est un ensemble.

Avant le départ, tu disais que le record de Thomas était impossible, tu es surpris ?
J’en suis carrément surpris. Je reste persuadé que ça va être compliqué. Mes chances, mon pourcentage de battre le record a augmenté. C’est carrément une surprise. Je suis un rêveur, on imagine toujours les meilleurs scenarii mais je n’imaginais pas celui-là!

En terme de rythme à bord ?
C’est les paradoxes de la vitesse. Il y a des journées comme hier à 30-32 nds de moyenne c’est facile et ça va tout seul. Depuis le départ le Pot au Noir et le lendemain cela a été très éprouvant en choquant et bordant souvent. Les jours où j’allais le moins vite c’était le plus dur. Le record des 24h, c’était très exigeant en terme de concentration.

Tu as rencontré des iceberg, comment cela s’annonce devant toi ?
Les iceberg sont maintenant derrière moi pour l’instant. J’ai du remonter et avant de vous avoir au téléphone j’ai du faire une manoeuvre pour me replacer. J’étais coincé entre les iceberg d’un coté et pas de vent de l’autre.
La zone est derrière. La grosse difficuluté ça va être la dépression qui s’annonce qui risque d’être très violente avec surtout une mer très forte. Une moyenne de 6m de hauteur mais avec certaine qui pourrait atteindre 12 voire 14 m. Ça fait beaucoup et je vais devoir faire le dos rond et ralentir la nuit prochaine. L’idée est de ne pas casser la bateau. C’est ce qui me préoccupe pour l’instant. J’aurai pu m’échapper dans le sud mais avec les iceberg, ce n’est pas possible.

Est ce que le début de ce record te permet d’arriver avec plus de confiance ?
Oui j’ai emmagasiné de la confiance mais je sais que le record est compliqué. J’ai toujours eu cet espoir de le battre. Cela devient possible surtout quand on arrive à Bonne Espérance. J’ai confiance dans ma capacité à aller vite avec ce bateau. J’ai plein de questions, mais je commence à avoir des réponses.
La fraicheur physique ca va. Je vais faire un gros check dans les 24h qui arrivent. Je ne me suis jamais mis dans le rouge. Je suis prêt à affronter les mers du sud qui sont devant moi.

Est ce que tu arrives à suivre ce qui se passe ailleurs
Au debut non, j’étais dans le noir puis j’ai demandé à l’équipe de me donner des infos. Des petit mail, des vacations. C’est un peu des récréations pour moi. J’y passe quelques minutes par jour.

Tu vas rentrer dans le tunnel de l’Ocean Indien, comment l’appréhendes-tu ?
Le champs des possibles est assez grand. Si on fait les routages avec des fichiers de vent, on peut quasiment aller jusqu’au Cap Horn. Il faut se donner des objectifs à moyen terme en terme de trajectoires.
On a quelques repères géographiques comme les iles crozet, les Kerguelen. Cette dépression va m’occuper pendant 4-5 jours. On va gérer les choses les unes après les autres.

Tu as une idée de ton temps au Cap Leeuwin ?
Je ne sais vraiment pas. Cela va dépendre de cette dépression. Elle met un gros bazar sur notre trajectoire. Derrière elle c’est aussi pareil. Difficile de savoir comment va se passer la suite. L’ocean Indien va pas être très rapide avec cette mer très forte. Avant cette dépression, il y a une dorsale que je vais essayer de traverser la nuit prochaine et demain il va falloir qu’on la gère demain soir. Je vais être obligé de ralentir. C’est assez spécial. Cela ne m’est pas arrivé souvent dans ma vie de marin de ralentir.