Ambiance channel during Finish arrival of Fabrice Amedeo (FRA), skipper Newrest Matmut, 11th of the sailing circumnavigation solo race Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on February 18th, 2017 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee Globe Arrivée de Fabrice Amedeo (FRA), skipper Newrest Matmut, 11ème du Vendee Globe, aux Sables d'Olonne, France, le 18 Février 2017 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee Globe

Fabrice Amedeo voulait faire le Vendée Globe mais surtout le finir. Il connaissait les statistiques sur les taux d’abandon à chaque édition. Il a réussi son pari, fait le tour du monde, passé le cap Horn et ramené son bateau jusqu’aux Sables d’Olonne. Une belle aventure avec la remontée du chenal des Sables en apothéose.
Après 103 jours 21 heures et 01 minute de mer, Fabrice Amedeo a bouclé ce samedi 18 février son premier Vendée Globe, en coupant la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne à 10 heures 03 minutes. Une superbe performance pour le skipper de Newrest-Matmut, deuxième bizuth de cette édition, qui met un terme à une aventure « incroyable ».

« C’est un beau Vendée Globe », sourit-il après presque 104 jours de mer, un mois après le vainqueur, Armel Le Cléac’h. « L’aventure était incroyable : j’ai appris des choses pendant toute la course. J’ai connu des hauts et des bas, notamment dans le Sud. Ca a été un bonheur de passer le Cap Horn. Certes, la remontée a été difficile. Là, je me sens porté par le bonheur de l’arrivée. De voir toute cette foule, c’est vraiment beau ! ».

Son état d’esprit au départ
Avant de réaliser son premier tour du monde, il y avait chez le skipper un mélange d’excitation et d’appréhension, lui qui n’a jamais caché son admiration pour ceux qui s’élançaient à ses côtés. Ces marins, il les côtoie depuis plusieurs années déjà, alors qu’il était, il y a deux ans encore, journaliste au Figaro. « Avant, j’étais à votre place » lâche-t-il amusé en conférence de presse aux journalistes venus nombreux couvrir l’événement. Pourtant, Fabrice a franchi les étapes progressivement – Solitaire du Figaro, Transat AG2R, Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, New-York/Vendée – avant de se lancer dans ce défi de géant. « Naviguer en bon marin » est un de ses leitmotivs les plus récurrents, sur terre comme en mer. Quelques jours après son départ, il confie : « j’ai passé un deal avec mon bateau. Je lui ai dit : ‘je prends soin de toi, je ne te fais pas mal et tu prends soin de moi’. « Je n’ai jamais pensé à abandonner, malgré les difficultés. Michel Desjoyeaux m’avait dit que le Vendée Globe, c’est une emmerde par jour. Il n’a pas tort ! Tous les jours, j’ai fait des choses qui étaient hors de ma portée. Le plus dur, c’est le mental. Je n’avais pas mesuré à quel point c’est vrai. »

Sa course
Après un début de course maîtrisé lors de la descente de l’Atlantique, Fabrice est ralenti par l’anticyclone de Saint-Hélène avant de batailler lors de son entrée dans l’océan Indien, où il doit faire face à une succession de dépressions. Des conditions rudes, marquées également par une chute brutale des températures, et un bateau à ménager. Après avoir dû composer avec une voile bloquée en haut du mat, sa grand-voile se déchire mi-décembre alors qu’il déboule dans les mers du Sud.
Une nouvelle fois, il parvient à réparer pendant la semaine de Noel, s’offrant le plus beau des cadeaux pour continuer son périple. Deux jours plus tard, changement d’ambiance : le skipper doit sacrifier son gennaker alors qu’il fait face à l’une des plus grosses dépressions depuis le départ. Les mers du sud le poussent en effet dans ses retranchements et l’obligent à une attention de tous les instants. « Je ne les imaginais pas aussi rudes, confie-t-il. Les dépressions y sont beaucoup plus puissantes, l’eau est froide, les nuits sont courtes. On est là où le commun des mortels ne va pas. » Avec patience et abnégation, parfois à plus de 45 nœuds, Fabrice parvient à s’en sortir, lui qui franchi le Cap Horn pour la première fois de son existence le 16 janvier. « C’est un grand moment de ma vie » explique-t-il alors.
Mais la course est loin d’être finie et la remontée de l’Atlantique est longue et éprouvante, d’autant que Fabrice doit rationner sa nourriture. « J’ai été un peu naïf : je suis parti avec beaucoup moins que prévu » explique-t-il fin janvier, à la latitude de Rio de Janeiro. Pourtant, il fait front sur « l’autoroute du nord vers la maison » malgré une météo capricieuse. « Je ne pensais pas que ce serait si dur de remonter les alizés. » Mais Fabrice se dit « renforcé » et « plus fort mentalement » par les péripéties qu’il a déjà traversées. De quoi lui donner le courage et la détermination pour franchir la ligne d’arrivée et mettre un terme à la plus exaltante aventure de son existence. « Je me suis enregistré tout les jours avec un dictaphone. J’ai envie d’en faire un livre, de mettre des mots sur cette aventure incroyable ».

Son quotidien, partager à tout prix
La solitude n’est pas un frein au partage, bien au contraire. Même au milieu des éléments, le skipper de Newrest-Matmut échange sans compter, par écrit, sur les réseaux sociaux ou par vidéos. Ses satisfactions, ses moments de bonheur, ses états d’âmes, ses doutes… Et puis il y a ces bulles de légèreté, ces vidéos envoyées comme des bouteilles à la mer qui donnent aux curieux restés à terre un aperçu de la vie en mer : un rasage au milieu de l’Atlantique, une douche dans les mers du Sud ou une nouvelle coupe de cheveux en longeant les côtes brésiliennes. Le tout avec en fond sa playlist, ces titres qui l’ont accompagnés tout au long de son périple et ont contribué à l’adhésion du public. Il y a l’incontournable Guns’N’Roses ou encore un fameux « You’re My Heart, You’re My Soul » chanté et dansé torse nu avant d’affronter les mers du sud.

Une amitié avec Arnaud Boissière née au fil de l’eau
Dès le premier soir, ils étaient bord à bord. Fabrice Amedeo et Arnaud Boissières ont vécu ce tour du monde le plus souvent côte à côte. Au cap Finisterre, au franchissement de l’équateur et même au passage du Cap Horn (seulement quatre heures séparaient les deux hommes), Newrest-Matmut et La Mie Câline ne se sont pas lâchés. Une proximité qui a créé, au fil des jours, une solide relation d’amitié. « Après le passage de l’équateur, on a commencé à échanger » expliquait Fabrice mi-janvier. « Je dois même avouer que lorsque je n’ai pas mon petit email de Cali (le surnom d’Arnaud Boissières), ça me manque ! ». Arnaud, lui, a qualifié Fabrice « d’ange gardien ». « Nous avons veillé l’un sur l’autre » corrobore le skipper Newrest-Matmut. Arnaud Boissières est arrivé vendredi aux Sables-d’Olonnes, un jour avant que Fabrice ne connaisse la même joie.

Conférence de presse de Fabrice Amedeo (Newrest Matmut).
« En fait, ça fait 15 jours que je m’alimente très peu, mais il y a deux jours, le mental a repris le dessus. Je commençais à avoir des vertiges et à faire des chutes. J’ai même contacté Jean-Yves Chauve, le médecin de la course. J’étais en train de décliner. Le fait d’arriver ici et avec cet accueil incroyable, je me sens en pleine forme. C’est super, je suis sur un nuage. Depuis deux jours j’avais hâte de terminer. C’était long. Notre groupe n’a pas été verni par la météo. Les barrières anticycloniques n’étaient pas très sympas avec nous. Malgré tout je me disais qu’il fallait profiter. »

« Mon objectif premier était personnel. C’est une quête du plus profond de moi même. Je voulais me confronter aux grand marins que j’admire depuis toujours. La descente de l’Atlantique est toujours grisante, mais cette fois je ne me suis pas arrêté au Brésil. Il y avait de la nouveauté et de la difficulté. Après, je suis journaliste et j’ai à cœur de partager ce que je fais. Je suis bien sur l’eau, je voulais partager mon enthousiasme et mon bonheur. Les moments difficiles passent et au final on est heureux. Il m’est arrivé de pleurer et après de crier de joie une fois que j’avais surmonté les épreuves. »
Une vie par jour
« Plusieurs fois j’ai dit que j’avais l’impression de vivre une vie dans une journée. Le Vendée Globe est d’une puissance phénoménale. On s’expose à ce que la nature a de plus sauvage. Ça a été à la hauteur de ce que j’imaginais. »

Regard sur les autres
« J’ai beaucoup d’admiration pour Armel et Alex. J’ai vécu leur aventure en plus calme. Quand on est à terre on prend la mesure de ce qu’ils font, mais quand on est sur l’eau, confrontés aux éléments et à ce qu’il faut faire, là leur performance prend une véritable valeur. J’ai aussi beaucoup de compassion pour ceux de derrière car c’est encore plus long. Mais au moins ils ont la chance de passer plus de temps en mer. »

Avaries
« D’abord j’ai déchiré la grand-voile et après j’ai eu le problème de hook. C’était de ma faute, j’avais plus de 50 nœuds, je voulais naviguer sous J3 seul et donc je voulais descendre ma grand-voile. J’ai passé 2/3h en vent de travers. Tout allait bien. Je suis parti dans la bannette. Et en fait ma voile avait fait une poche, qui a frotté contre la partie antidérapante du cockpit et ça a fait une déchirure de 3 mètres. Déjà, construire un meuble IKEA le dimanche c’est un défi pour moi alors quand mon boat-captain me disait de prendre des outils, il fallait qu’il soit patient. Le dépassement de soit est aussi dans ces galères du quotidien. Et après j’ai eu le souci de monter au mât. Mes drisses se sont emmêlées. Je déteste monter au mât car j’ai le vertige. Elle se sont démêlées mais une semaine plus tard, j’allais être rattrapé par une traine de dépression. Je voulais descendre mon gennaker mais impossible. J’appelle mon équipe et ils m’ont dit que je devais monter. Je n’ai pas réfléchi, j’ai pris le casque, le baudrier, et hop. C’est une de mes grandes victoires. »

Le Horn
« Le cap Horn s’est fait en deux temps. J’ai eu une dépression à 50 nœuds juste avant. J’ai navigué prudemment pour un premier Vendée Globe. Mais à un moment on ne peut plus reculer. J’ai pris mes 55 nœuds et ça a été un déclic. Je suis capable de le faire et le bateau le vit très bien. Du coup c’est positif car j’ai appris. Je me dis que dans 4 ans peut-être que je naviguerai comme au Horn et pas comme dans l’Indien. Le cap Horn c’est le graal. Enfin il était là. J’étais dans la cabine, je suis sorti et là j’ai vu les montagnes de Patagonie. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir la terre. Le franchir c’était un objectif personnel. C’était une libération psychologique. Après il y a une transition climatique rapide et donc je laissais le Sud derrière moi. Ça a été un grand moment de ma vie. »
« Le Horn était une libération. J’ai ouvert la cabine et j’ai aéré. Pendant 37 jours, je ne me suis pas occupé de moi. Je ne me suis pas beaucoup lavé les dents, je ne me suis presque pas changé. Le Sud m’a volé une part d’humanité. Thomas Coville m’avait dit qu’il avait un tableau excel pour le Sud, pour éviter le déclin, pour compter combien de fois il mange, combien de fois il se change, etc. Je me suis dit que ce mec était un grand malade. Et finalement j’ai compris ce qu’il avait dit. En gardant un part d’humanité, on peut rester d’avantage dans la performance. »

Une véritable amitié avec Arnaud Boissières
« Avec Arnaud on se connaissait sans se connaître. Je savais qu’il était sympa mais on n’avait pas eu l’occasion de vraiment se rencontrer. Sur l’Atlantique on s’est tiré la bourre et on a échangé quelques mails. Quand on est arrivés dans l’Indien, on a commencé à se soutenir. On échangeait pas mal sur la vie en général. On a refait le monde de manière épistolaire. Au fil de l’eau on est devenus copains. Là il a fini avant moi mais je sais que dans 4 ans je serai devant lui (rires)… Quand on est sur le Vendée on est un peu différents, un peu sensibles. On est devenus importants pour l’un comme pour l’autre. »