Vincent Riou sur PRB
DR

Cela fait toujours du bien : glisser au portant, bateau à plat avec le vent frais par derrière au lieu de progresser penché à 20° en tapant dans les vagues et en prenant les quelques embruns glacials dans la figure. Le près a fait place au vent arrière et l´ambiance est nettement plus agréable à bord. « Il fait beau, on a une bonne visibilité, mais on ne voit pas Delta Dore qui doit être 15 milles à notre vent. Il a lofé plus que nous et nous, nous sommes tombés dans des petits airs. Par deux fois on s´est arrêté. C´est loin d´être terminé. A chaque fois que l´on reçoit un nouveau fichier, le routage nous donne une ETA différente. Dès fois, c´est meilleur, dès fois c´est moins bon. Je ne ferai aucun pronostic ». indiquait ainsi Dominique Wavre (Temenos). Car si les spinnakers ont fleuri (ou les gennakers pour ceux qui préfèrent la vitesse au cap), les alternances de bouffées d´air et de calmes éphémères s´enchaînent selon une séquence aléatoire. Difficile donc de préjuger de l´avenir, surtout lorsque les fichiers météo sont aussi contradictoires, mais tous les navigateurs savent maintenant qu´il ne faut pas traîner pour ne pas se faire rattraper par une belle bulle sans vent.

Calais mardi ?
Le leader bien installé en tête avec trente milles de marge en convient : Vincent Riou reste plutôt perplexe sur les heures à venir. « On vient juste de manœuvrer pour éviter la zone interdite autour d´une plateforme. Il faut tricoter et manœuvrer. On a entre 2 et 20 nœuds de vent. Par deux fois on s´est arrêté. Nous naviguons vraiment dans une zone à haut risque, tous les cas de figure sont envisageables. On descend le plus vite possible sur la route mais il va falloir choisir de passer d´un côté ou de l´autre du petit minimum qui se ballade selon les fichiers. A chaque molle, on a peur que ce soit lui qui nous coince… » Voilà donc le danger bien cerné mais savoir qu´il est là, présent, ne suffit pas à connaître le bon chemin pour trouver la sortie. Il est quasiment acquis que la route sera très longue et qu´il va y avoir une compression de la flotte. Le souci des premiers est de se positionner entre leurs poursuivants et la pointe Sud-Est de l´Angleterre, pour ne pas risquer de se faire déborder par les ailes.
 
Ainsi Gérald Veinard et tout l´équipage de Akena Vérandas espèrent bien se refaire la « cerise » d´ici l´arrivée. « On essaye de trouver un truc à faire, avec la fâcheuse impression que les premiers vont bien s´en sortir avec la molle. On est parti pour la contourner par l´Est, côté Norvège, avec sans doute un passage avec du près, avant de retoucher derrière le nouveau vent de secteur Est. L´autre solution est de passer au ras de l´Angleterre, mais là avec du petit temps plein vent arrière. Au final, on lutte désespérément pour faire avancer au mieux notre monture ». Et il va y avoir du travail pendant trois jours ! Car les plus optimistes des prévisions portent à mercredi après-midi une arrivée des leaders. Il va falloir être patient et surtout très attentif sur le pont pour trouver les réglages ad hoc, et à la table à cartes pour se glisser entre les molles et attraper la bonne veine de vent. Et pour l´instant, c´est plutôt par derrière que les ralentissements se font…