@ Alexis Courcoux

Après une première étape « pour du beurre » dixit le directeur de course Francis le Goff après un classement où les 15 premiers se tiennent dans un mouchoir de poche, cette deuxième étape s’annonce plus sérieuse pour les concurrents. Il ne faudra pas se louper et avoir de la réussite dans les bascules. Tout pourrait se jouer en sortie de manche sur cette étape longue de 520 milles entre Saint-Brieuc et Portosin dans la ria de Muros-Noai en Galice en Espagne.

« Ca va être une jolie partie de cache-cache ! » C’est Alexis Loison, le skipper de Custo Pol qui l’oeil gourmand commentait les derniers fichiers ce matin, en attente de sa sortie du Port du Légué. Le vent faible de Nord Est combiné aux courants importants, même par faibles eaux, en Bretagne Nord promettent une sortie de Manche hasardeuse. Il faudra être patient et inspiré jusqu’à demain midi avant d’entrer en Iroise, aux portes du golfe de Gascogne. Après le parcours côtier de 5 milles environ, les concurrents partiront vers les Héaux de Bréhat sous spi mais vont buter dans une première renverse de courant qui risque de les bloquer. La progression vers Perros Guirrec puis l’île de Batz risque d’être pénible avant de profiter de la nouvelle renverse, favorable celle-ci à la tombée de la nuit avant un nouveau blocage à l’île Vierge demain matin. Alexis explique : « La question clé, c’est de savoir s’il faut aller à terre où le courant est 2 noeuds plus faible au risque d’avoir moins de vent ou rester au large avec un flux plus établI. Il faudra être très observateur sur les autres concurrents et le plan d’eau. Parfois, on voit que c’est ridé au large et plat à terre, mais ce n’est pas forcément évident de passer du large à la côte dans ces vents faibles »

Une étape de montagne !

Comme l’indiquait hier Pascal Scaviner de Météo Consult lors du briefing, les conditions de vent peuvent varier de 4 à 9 noeuds environ pour les premières douze heures de course. A 4 noeuds au vent arrière sous spi, les Figaro 2 ne progressent quasiment pas. Avec 9 noeuds de vent, ils glissent facilement à 6 noeuds, des écarts de vitesse considérables. Venu conseiller Charlie Dalin ce matin à Saint Brieuc, Franck Cammas, vainqueur de l’édition 97 de La Solitaire explique son approche et les enjeux : « C’est une réflexion commune, on est plus malin à deux et c’est lui qui tranche après à bord. J’essaie surtout de lui donner des règles assez simples pour qu’il ait bien ses priorités stratégiques en tête. Il faut tout le temps savoir si c’est le vent ou le courant qui prend le dessus. Les différences entre le large et la terre peuvent être importantes. On a repéré des sautes de vent sur les fichiers et il faudra être du bon côté à ce moment-là. Il y a une vraie dépression thermique sur la Bretagne, avec sans doute des accélérations le soir dans les vallées. La nuit par contre, ce sera très mou à terre. Il y a une part de réussite dans tout ça. J ‘espère juste qu’ils n’auront pas l’obligation de mouiller car ça deviendrait complètement aléatoire »

Une chose est certaine, les concurrents vont s’observer toute la journée et cette nuit à l’aide de l’AIS entre les cailloux. C’est une étape de montagne comme l’appelle Alexis Loison qui commence. On peut y attendre des échappées, et des trajectoires assez marquées entre large et terre. Certains leaders d’opinion emmèneront comme souvent dans leur sillage des pans entiers de la flotte sans que les poursuivants obtiennent forcément la même réussite. Les premiers en Iroise demain midi auront peu dormi, bien navigué et gagné une première bataille. Une première hiérarchie sera établie à l’entrée du golfe de Gascogne. Et avec le renforcement du vent, les premiers à mettre le cap sur l’Espagne soeront les premiers servis.