Le premier Mondial Nacra 17 de l’olympiade 2020 commencent demain par trois manches qui devraient se courir dans une jolie brise thermique d’une quinzaine de nœuds. A l’exception de Billy Besson et Marie Riou absents pour cause d’agenda incompatible, tous les grands noms sont là. L’enjeu, établir une nouvelle hiérarchie sur un support devenu volant.

Des leaders sans assurance
A l’exception des quadruples champions du monde Billy Besson et Marie Riou, les 15 tandems qui ont dominé la précédente campagne olympique sont présents. Les trois médaillés de la baie de Rio, les Argentins Santiago Lange/Cécilia Carranza Saroli, les Australiens Jason Waterhouse/Lisa Darmanin et les Autrichiens Thomas Zajac/Barbara Matz font forcément figures d’épouvantail. Parmi les favoris, citons encore les Italiens Vittorio Bissaro/Maelle Frascari, les Britanniques Ben Saxton/ Katie Dabson, les Néo-zélandais Gemma Jones/Jason Saunders, les Français Moana Vaireaux/Manon Audinet ou les deux équipes espagnoles Fernando Echavarri/Tara Pacheco et Iker Martinez, nouvellement associé à l’ex planchiste 4e aux JO de Londres, Olga Maslivets.

Mais nul ne sait aujourd’hui quel est le niveau de préparation et d’entraînement de ces teams sur des Nacra17 reconfigurés depuis seulement quelques semaines en version foil. Techniquement, les catamarans volants demandent de nouvelles aptitudes, de nouvelles habitudes, de nouveaux réglages. Et de nombreux équipages leaders ont été recomposés avec de nouveaux barreurs ou équipiers.

C’est un quasi re-départ à zéro pour les cadres de la série, et une porte grande-ouverte pour voir émerger de nouvelles têtes, à l’image des jeunes Italiens Ruggero Tita (ancien coureur de 49er) / Caterina Banti, couronnés du titre européen cette année.

Des jeunes conquérants
A l’instar du duo transalpin, ce championnat du monde voit l’arrivée d’une nouvelle génération de très jeunes coureurs – certains n’ont pas encore 18 ans ! – qui attirent déjà les regards. On surveillera donc la paire danoise Lin Ea Christiansen/Christian Peter, le tandem néo-zélandais Olivia Mackay/Micah Wilkison, les Anglais Rupert White (petit fils du créateur du Tornado et fils du champion olympique)/ Kirstie Urwin et côté français, l’entrée dans la danse de Tim Mourniac associé à Amélie Riou.

Une course dans la course pour les Français
Huit équipages tricolores (dont trois en non-volant) vont régater dans leur jardin. Pour eux, l’enjeu est double car l’épreuve sacrera le Champion de France Elite de Nacra 17 2017. Forts d’une précédente olympiade où ils ont animé le top 10 mondial, Moana Vaireaux et Manon Audinet sont les leaders naturels du groupe. Derrière eux, la relève, moins expérimentée en termes de grand rendez-vous international, est encore en phase d’apprentissage.

Les qualifs, comment ça marche ?
La flotte sera divisée en deux groupes de niveau égal et évoluera sur deux ronds (zone de parcours) A et B. Ces deux groupes seront remixés tous les jours en fonction du classement de la veille. A l’issue des trois journées de qualification, un groupe or et un groupe argent seront établis. A noter que sur les 60 bateaux inscrits, 11 sont des Nacra17 à dérive classique. Ces deniers courront systématiquement entre eux. Deux classements seront établis : pour les « volants » et « non volants », mais les titres de champions du monde et de champion de France ne seront décernés que dans la catégorie « volante ».

Ils ont dit : Franck Citeau, entraîneur de l’Equipe de France : « Ça va être un championnat très ouvert. Et ça va se jouer sur ta capacité à t’éjecter sur la ligne de départ. Si tu n’es pas dans le top 5 à la première marque, ça va être très très compliqué de revenir, tout simplement parce que les bateaux passent de 8 nœuds au près à 17 nœuds au portant (dans les conditions de petit temps d’aujourd’hui). Personne ne sait qui va dominer dans ce championnat. Cela fait trop peu de temps que nous avons le bateau en main. Il va falloir attendre une année de pratique pour voir se dessiner une vraie hiérarchie. Ici, c’est un galop d’essai et cela permettra surtout de définir des axes de travail pour la suite. En revanche, ce que l’on sait, c’est que la météo des premiers jours (petit temps-medium) risque fort d’avantager les équipages légers. »

Santi Lange (ARG), champion olympique de Nacra 17 : “On est super contents de retrouver le bateau et la compétition. Avec Cécilia, c’est notre première régate depuis les Jeux. On aurait voulu s’entraîner plus mais Cécilia s’est blessée et n’a pas pu naviguer pendant 25 jours. Mais on a travaillé dur pour essayer de se rattraper. Ce bateau est incroyablement difficile et on a beaucoup à apprendre. Je crois qu’on a dû naviguer 18 jours avec. On a encore un peu de mal au portant. On verra. Le principal challenge c’est d’arriver à naviguer avec des foils sur des plans d’eau ouverts et une mer agitée. Mais il faudra s’y mettre car nous voulons aller à Tokyo. Je me réjouis de voir une nouvelle génération arriver. C’est une de mes motivations : naviguer contre ces jeunes gars. Il y a plein de nouveaux talents. Le foils, d’une certaine manière, c’est un autre sport. A ce titre, ce Championnat est différent des précédents. En tant que compétiteur, cela va de soi qu’on aimerait gagner, mais nous sommes surtout là pour apprendre et nous serons prudents ».

Gabriele Bruni, entraîneur de l’équipe italienne : « Je pense que Ruggero Tita et Caterina Banti (les jeunes champions d’Europe) peuvent terminer dans le top 8 ici. Ils se sont beaucoup entraînés sur le lac de Garde et sont présents à La Grande Motte depuis le 25 août. Le barreur est un spécialiste du Moth à foil, du 49er, il a l’habitude de naviguer sur des bateaux rapides et il aime ça. Je pense aussi que les Anglais ont une bonne équipe, qu’il faudra se méfier de Fernando Echavarri, des Danois et que les Français sont rapides. C’est un bateau fait pour des coureurs qui n’ont pas peur, qui ne pensent pas trop, qui ne tergiversent pas trop ! On va faire un beau championnat ici. On peut avoir de tout comme météo. C’est sûr qu’on connaîtra un top 5 à la fin. Mais sur la précédente olympiade, il faut savoir qu’on a fait progresser la vitesse du bateau de 15% en 4 ans. Et là, la marge est encore plus grande ».