La séparation de trafic est arrivé hier. Alex Thomson est parti plein nord laissant Jérémie Beyou et Sébastien Josse orphelin au milieu de la dépression. « On s’est fait piéger dans les molles, hier, avec Seb (Josse). Du coup, nous n’avons pas pu grimper nord comme nous voulions le faire, et comme Alex Thomson l’a fait… tout seul. » Un brin amer, Jérémie Beyou commentait ce matin les manœuvres de la veille. Premier à mettre le clignotant à gauche, pour foncer vers le nord mercredi matin, le skipper de Maître CoQ n’a pas vu sa prise de décision parfaitement convertie. Au réglage de ses voiles en permanence, le Breton, trempé de la tête aux pieds, se retrouve dans une situation intermédiaire « qui n’est ni simple, ni idéale : le vent est plus fort que ce que nous attendions, et il vient de l’arrière. On (Sébastien Josse et lui) ne va pas très vite. C’est limite pour réussir à rester en avant du front… »

De Paul Meilhat (SMA), 4e, à Fabrice Amedeo (Newrest Matmut), le deuxième peloton a préféré la route sud, moins hasardeuse.
Les quatre skippers se feront rattraper par le centre de la dépression, qui se sera sans doute un peu essoufflée d’ici là. Situé le plus au sud, Vincent Riou (PRB) glisse vers les Açores, où il doit faire escale dans une pleine journée et un dodo, un dodo et demi.

Lagravière, pour chasser le doute
Plus loin, à plus de 1000 milles de la tête, le peloton des rescapés a englouti Conrad Colman (100% Natural Energy). Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Yann Eliès (Quéguiner – Leucémie Espoir), Pieter Heerema (No Way Back) et Morgan Lagravière (Safran) se remettent de leurs émotions des deux premiers jours en avançant groupés. Le quintette devait toucher des vents de sud-ouest ce jeudi, en avant d’une dépression qui se creuse dans leur Ouest. L’objectif pour eux est de plonger sud, sous ce front, pour trouver des vents portants qui devraient les accompagner ces prochains jours.

Encore sous le choc de son accident, Morgan Lagravière tenait absolument à remonter sur son IMOCA60 pour effacer ce qui lui paraît « similaire à ce que vivent les accidentés de la route. Il y a un moment où il faut reprendre le volant. Quand tu tapes quelque chose, à 20 nœuds, tu as l’impression que le bateau va se casser en deux. J’ai eu une tonne d’eau à bord en quinze secondes. C’était une situation critique ».

Crashes, des leçons à retenir
Les premières heures de course auront fait des dégâts, pas seulement mécaniques. Par chance, aucun skipper n’aura été blessé dans la cascade de collisions avec des OFNIs du premier jour, mais le traumatisme et les états d’âmes des skippers se font ressentir.

« Travailler main dans la main avec les spécialistes » Un sentiment partagé par l’ensemble des solitaires, même s’il était difficile encore, 48 heures après, de savoir exactement la cause de ces collisions. Alex Thomson décrivait avoir repéré de grands bancs de mola mola (des poissons-lunes), quand Vincent Riou (PRB) évoquait des requins et des débris. La Direction de Course a entamé une investigation complète auprès des teams, des experts environnementaux et des garde-côtes afin de comprendre ce qu’il s’est passé et permettre aux organisateurs de mener un plan d’action et de sensibilisation auprès des professionnels de la course au large.

Les incidents se sont produits très loin des positions qui avaient permis de définir une zone d’exclusion dans les instructions de course, en réponse aux informations données par les spécialistes des animaux marins. Le fait que la flotte soit passée bien au sud de cette zone d’exclusion n’aura peut-être pas été suffisant. « On va porter ce problème auprès de World Sailing (la Fédération internationale de voile) et travailler étroitement avec la classe IMOCA, assure Peter Bayer, le directeur d’Open Sports Management. Nous sommes très peinés que cela ait pu arriver alors que nous avons travaillé pour protéger la faune marine qui pouvait être sur notre route. La communauté nautique est très investie dans la protection de la nature, et plus encore de la mer, qui est son terrain de jeu.
Le sens de notre engagement nous pousse à aider les organisateurs de course à trouver les moyens de travailler main dans la main avec les scientifiques, autour du Concordat Océanique du World Sailing, pour protéger la sécurité de tous dans les courses en cours et celles à venir ».

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Classement de la Transat New York-Vendée (Les Sables d’Olonne) du 2 juin à 14h45 UTC
1/ Alex Thomson (Hugo Boss) à 1655.8 nm de l’arrivée
2/ Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 87.8 nm du leader
3/ Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) à 88.3 nm
4/ Paul Meilhat (SMA) à 247.4 nm
5/ Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) à 283.4 nm
6/ Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) à 305.3 nm
7/ Vincent Riou (PRB) à 305.7 nm
8/ Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) à 467.0 nm
9/ Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) à 1175.5 nm
10/ Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) à 1177.2 nm
11/ Conrad Colman (100% Natural Energy) à 1203.8 nm
12/ Pieter Heerema (No Way Back) à 1220.0 nm
13/ Morgan Lagravière (Safran) à 1234.4 nm
Ab Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII)