Et si la course avait été plus belle encore ?

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Francis Joyon skipper de l Ultime Idec Sport, Vainqueur et Francois Gabart, 2eme de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 - Pointe a Pitre le 11/11/2018

Francis Joyon et François Gabart se sont livrés un final d’anthologie dont tout le monde rêvait. Le suspens a été incroyable, le match magnifique autour de la Guadeloupe. Deux grands marins, deux grands talents de la course au large. Pour autant, on peut avoir l’impression que le public a manqué de s’intéresser encore plus intensément à la course. Dès mardi, on aurait pu vivre une Route du Rhum encore plus dingue si l’on connaissait les problèmes à bord du trimaran Macif. C’est dommage.

On sait bien qu’avec des Si on pourrait mettre Lorient en bouteille. Mais Si l’équipe Macif avait communiqué tout de suite sur la perte de son foil puis de son safran survenus dès mardi, imaginez l’intérêt multiplié du public pour la course dès ce moment-là ! On est certes au lendemain d’un lundi noir, où Gitana casse, Banque Populaire chavire et Sodebo se dirige vers la Corogne. Il ne reste plus qu’en course Macif et Idec Sport. Macif a 40 milles d’avance, François Gabart navigue dès lors avec un seul foil et surtout 2 safrans sur 3. Il lui reste encore 2600 milles à parcourir. Alors que tout le monde imagine le match plié, l’intérêt pour la course redescend forcément dès mardi soir. En disant la vérité, l’audience aurait été certainement démultipliée! La performance que réalise François Gabart est tout de même incroyable que de naviguer avec son bateau cassé tout en parvenant à résister à Francis Joyon !!!

Les deux marins sont exceptionnels. On les respecte énormément comme leur choix. On donne modestement notre point de vue sans polémique tout en sachant la chance que l’on a eu de vivre cette arrivée magnifique et bien sûr : on respecte les choix de communication des équipes.

Vous pouvez participer au sondage ci-dessous en répondant à la question, cela ne vous engage à rien. Plus vous serez nombreux, plus vos réponses seront significatives. Cela permet juste de voir ce que vous en pensez. Vous pouvez également nous laisser vos commentaires sur https://www.facebook.com/CourseAuLargeMag/

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Les opportunités n’ont pas manqué pour le dire !

Dès mercredi, nous nous interrogeons sur le fait que la fusée Macif ne décolle toujours pas Idec. Mercredi matin en fin de vacation, François Gabart fait état de casse de lattes dans sa GV qu’il a réparé. Tout va bien, il espère ne pas avoir trop de bricoles à faire  … Il ne va pas se plaindre alors que d’autres ont eu des problèmes bien plus graves…(sic). En ré-écoutant la vacation, François Gabart enfume tout le monde et finalement prend prétexte de l’avarie des autres pour ne pas parler des siens. Course au Large salue alors l’empathie, l’humilité du marin dans son article du jour.

Audio de Francois Gabart Mercredi 7/11:

Nous reprenons l’info sur les lattes cassées. Le fait de course forcément suscite l’intérêt des passionnés. Mais si tout le monde avait été déjà au courant qu’il naviguait avec un seul foil, un seul safran et qu’en plus il était obligé de s’arrêter pour réparer des lattes cassées avec un Francis Joyon déchaîné derrière lui, on peut imaginer qu’on en aurait parler toute la journée de mercredi déjà.

Jeudi : L’écart est de 126 milles. Francis Joyon s’accroche et pour le coup, lui ne ment pas. Ses performances sont meilleures qu’en équipage. Il y avait encore l’opportunité pour Macif de dire la vérité au public. Cela aurait été encore génial…

Vendredi : Sur la carto les performances de Macif ne sont pas incroyables au regard de son potentiel mais vendredi l’écart est au plus haut avec 165 milles d’avance sur Idec Sport. Là encore, on avait l’occasion d’avoir une belle histoire.

Samedi : Les choses se gâtent en revanche dans la nuit de samedi à dimanche où l’écart tombe brutalement. C’est le grand retour de Francis Joyon. Les bateaux sont encore à 800 milles de l’arrivée. L’écart est passé à 126 milles et continue de baisser. On écrit alors dimanche 11 novembre au matin que l’avarie que l’on imagine à bord s’est aggravée – problème de J3 ou hydraulique. Christian Dumard, routeur d’Idec est persuadé également depuis quelques jours qu’il y a un problème sur Macif. On peut d’ailleurs se poser la question si la perte du foil ou du safran n’a pas vraiment eu lieu à ce moment-là tant les performance du trimaran Macif sont dégradées depuis 24h. Le black-out de la communication continue.

Dimanche 13h au vu de l’écart qui a complètement fondu à 30 milles entre les deux bateaux, Macif confirme vers 12h que le potentiel du bateau n’est pas à 100%. A l’approche des 30 milles de la tête à l’Anglais, l’information tombe officiellement : Macif a perdu son foil et son safran précisant les faits et les avaries. La suite on la connaît.

Alors pourquoi ne pas l’avoir dit ?

François Gabart répond à Camille El Beze sur le site officiel:  » « On est là pour faire de la performance… En l’occurrence, ne pas révéler ses soucis techniques, je ne sais pas si cela change réellement quelque chose. C’est du ressort du mental. Le révéler donne toujours un espoir au mec derrière. Il peut changer de mode et attaquer au lieu de simplement gérer sa course ». On répondra à François qu’en l’occurrence quand on a un Francis Joyon derrière lui qui participe à sa 7è Route du Rhum, personne ne peut imaginer qu’il puisse « gérer » sa course.
De notre point de vue, c’est dommage. On aurait pu vivre la course à fond avec lui, l’encourager davantage, on a manqué de vivre la course trois jours avec plus d’intensité comme cette fin de course qui nous a régalé. On peut supposer que le retour médiatique pour la Macif aurait peut-être été beaucoup plus fort parce que finalement François était à 7 minutes seulement de la victoire et, même en arrivant 12h plus tard, c’était déjà en soi une victoire que d’être allé au bout.

Des enseignements à tirer ?

Cela nous rappelle l’article que nous avions commandé à l’excellent Nicolas Raynaud que nous avions intitulé Com en Stock, quand la com tue la com qui pointait la limite de l’exercice de la communication dans la course au large. Nous l’avons mis sur le site en consultation gratuite.

On n’en veut pas à Macif ni à François Gabart de ne pas avoir communiqué sur les avaries du bord tout de suite. C’est juste dommage pour le suivi de la course, pour le public. Pour notre part, le savoir après n’a pas la même saveur que de le savoir pendant. Tout le monde n’est pas du même avis – voir sondage. 51% auraient souhaité le savoir dès que possible, 18% à la fin de la course et pour 30% cela n’aucune importance au 13/11. Le succès de la course au large repose sur 4 piliers : le skipper, le partenaire, l’organisateur et le public. Sans public, pas de partenaires, pas de skipper, pas de course. Et pour finir sur un brin d’humour, on peut tromper une fois 1000 personnes mais on ne peut pas tromper 1000 fois une personne 🙂

L.S