Les coulisses de la course au large aux JO par Nicolas Hénard

Il y a quelques jours, à l’heure où la Route du Rhum s’élançait dimanche 4 septembre, World Sailing tenait son Assemblée Générale à Saratosa aux Etats-Unis et votait l’entrée de la course au large et du kiteboard au programme olympique des Jeux de 2024. Une belle victoire pour la voile française qui a fourni un important travail pour promouvoir ces disciplines, en particulier pour Nicolas Hénard. Il nous raconte les coulisses de cette semaine décisive pour la Voile tricolore :

« Comme vous l’avez constaté, la course au large et le kiteboard devraient entrer aux JO de Paris 2024 comme nouvelles disciplines. Le Conseil puis l’Assemblée Générale de la Fédération Internationale de Voile (World Sailing) ont validé cette proposition lors du « November Meeting » de Sarasota (Floride) où l’ensemble de la voile mondiale était réuni.

Suite à cette décision, nous avons pu entendre de nombreuses réactions. Il est de notre responsabilité de vous expliquer les tenants et les aboutissants de cette révolution pour notre sport à laquelle la FFVoile a largement contribué en ayant constamment en tête l’avenir de la voile Olympique, l’avenir de nos équipes de France et l’avenir de nos clubs.

Tout d’abord, ce qui s’est passé à Sarasota n’est très certainement pas un match « Course au large contre Finn ». C’est regrettable mais le Finn avait déjà perdu sa place au programme Olympique dès mai 2018 à Londres, lors du « Mid Year Meeting » de World Sailing. En effet, l’égalité femme/homme réclamée par le CIO, ainsi que les tractations entre classes y avaient engendré, lors de ce rendez-vous international, la possible création de deux épreuves : une en « double mixte » sur un même bateau et, une autre « mixte combinée sur deux solitaires ».

La première épreuve est connue de nos pratiques, elle ressemble à une épreuve de type « 470 mixte ».

La deuxième épreuve n’a aucune assise connue dans le monde : un homme et une femme en solitaire sur deux bateaux séparés qui concourent pour une même médaille. Cette pratique sportive n’existe pas. Personne, y compris la nation qui a proposé cette épreuve, n’a été capable d’expliquer son contenu à Londres, la question ayant été officiellement posée. D’ailleurs, à cette annonce d’épreuves mixtes combinées de deux solitaires, les réactions des Finnistes n’étaient pas enthousiastes, loin s’en faut.

Et puis, quand bien même cette épreuve aurait vu le jour, le Finn aurait-il était retenu ? Il est fort probable que non, à en croire toutes les réactions ayant suivi cette annonce en mai, réactions qui précisaient que pour des raisons de maîtrise des coûts, un même bateau devait servir aux garçons comme aux filles.

C’est un fait, le Finn n’était plus dans la course Olympique dès le Mid Year Meeting de Londres.

Dès lors, la FFVoile a œuvré afin que la nouvelle discipline entrante soit la Course au Large, à l’image de la pratique mondiale, à l’image d’une spécialité française, à l’image d’une certaine idée de la Voile et de ce qu’elle doit permettre en termes d’intérêt médiatique.

Nous voulions que notre sport porte la plus longue épreuve « non-stop » de tous les temps et de tous les sports Olympiques.

Nous voulions que notre sport poursuive sa quête d’universalité si chère au CIO. La course au large est mondialement connue et pratiquée. Il suffit de plusieurs bateaux quillards ou habitables et d’un plan d’eau assez grand pour permettre le qualificatif « au large ». Ce type de bateau existe partout dans le monde.

Nous voulions que notre sport simplifie sa compréhension afin de s’ouvrir à tous : voilà une épreuve simple à comprendre : une seule compétition, d’un point à un autre. Le premier ou la première qui franchit la ligne a gagné.

Nous voulions que notre sport attire les téléspectateurs, juges de paix du CIO. Nous pouvons le déplorer mais finalement, l’objet d’un sport n’est-il pas d’être aimé, suivi, partagé, regardé par le plus grand nombre ? Voilà une épreuve simple à suivre : 3 jours / 2 nuits, retransmission TV 24h/24, tous les fuseaux horaires pouvant s’intéresser à l’épreuve en direct.

Nous voulions que notre sport parle aussi aux jeunes générations, aux fans de eSport. Voilà une épreuve où il est possible de se comparer aux champions à travers du eSailing, sur toute la durée de l’épreuve…

Nous voulions que notre sport poursuive son histoire exceptionnelle avec l’Olympisme, qu’il contribue au renouveau des Jeux Olympiques souhaité par le CIO et apporte sa pierre (innovante) à l’édifice de la réussite de Paris 2024.

J’espère que vous comprendrez mieux l’enchaînement des faits qui ont conduit les instances internationales à valider ces décisions à une grande majorité, et qui je l’espère pousseront le CIO à approuver ce choix dans deux ans.

C’est une décision qui va dans le sens du rassemblement des pratiques, qu’elles soient en dériveur ou en habitable, côtières, hauturières ou autour de trois bouées, solitaire ou en équipage. Notre sport offre une palette de possibilités immense que les Jeux Olympiques de Paris 2024 refléteront au mieux. Une diversité que l’on retrouve également au sein même de la liste des nommés au prochain Trophée du Marin de l’Année, soulignant ainsi la force de notre pays à briller dans de nombreuses disciplines différentes ! »