Brest Atlantiques. « Préserver le bateau tout en avançant »

Gitana Brest Atlantiques
Gitana Brest Atlantiques Photo Yann Riou

Les 4 Ultimes continuent à progresser dans une mer très formée avec 3 à 4 mètres de creux en avançant presque au près – des conditions qui rendent difficiles la vie à bord où les marins doivent quasiment ramper pour se déplacer, s’attacher et mettre un casque pour dormir. Un moment difficile qui devrait durer 48 heures, crispant aussi pour le bateau.

Les vacations du vendredi 15 novembre et le récit de Ronan Gladu, media man sur Actual Leader.

 

Voici le mot du bord reçu ce vendredi 15 novembre de Ronan Gladu, media man sur Actual Leader.
« Je l’aime bien ce bateau moi, je m’y suis attaché ! Et je sais qu’Yves y tient plus que tout à son fier Actual Leader ! Mais depuis presque 24 heures, j’ai l’impression d’assister à une mise à mort du trimaran : il faudrait qu’on aille vite, pour garder le vent et obtenir un meilleur angle, bref ne pas passer derrière le front de la dépression. Christian Dumard, le routeur, nous met la pression en ce sens. Sauf qu’on évolue au près, il y a 25-30 noeuds établis, la polaire indique qu’on devrait être à 30-35 noeuds, mais on essaye de ne pas dépasser les 20 noeuds, tant cette mer est infâme. De trois-quarts avant sur la gauche, nous avons la houle de l’alizé et de trois-quarts avant droite, nous avons une houle qui remonte de l’Arctique. Cela crée ce qu’on appelle des « wedge » chez les surfeurs, la rencontre des deux houles qui gonflent de façon aléatoire devant nos étraves.

Outre l’inconfort – on est presque à quatre pattes en permanence dans le bateau -, on a surtout mal pour lui, les chocs qu’il encaisse sont hallucinants. Ça tape hyper fort, dans un fracas qui fait peur : coques, bras de liaisons, gréement, tout prend cher, et nous avec, la raideur du carbone nous retransmet toutes les vibrations. L’électronique se débranche même, petit à petit, sous les ondes de chocs. Je dois demander à Yves et Alex toutes les heures si c’est « safe » ? Si il n’y a pas d’autres options ? Combien de temps ça va durer ? Ils regardent beaucoup leurs pieds… Les pauvres, ils sont cramés par le stress et la fatigue. « Dur à dire si le bateau va tenir, ça me rappelle le Cap Horn -contre le vent- », « si on passe derrière, ce sera pire : on aura plus de mer, sans le vent » « Il y en à pour 3 jours minimum ».

Ok, bon, va pour la « vie des bêtes » comme dit Yves… on est trempés, rincés au sel, tout est poisseux, en vrac. Des « noodles chinoises » c’est LE repas de la journée, agrippés en permanence, accrochés à la vie, à la survie du bateau ! Les mecs dorment debout, les craquements du carbone les réveillent pour choquer ou faire la grimace… c’est rude !! Mais la bonne entente est toujours là, les discussions et fous rires sont juste plus courts, faute au bateau qui hurle de douleur dans les vagues : pauvre bête !

En début de nuit dernière, les mecs m’ont vraiment fait halluciner : 35 noeuds établis, des claques à 40 noeuds (j’ai vu 42 noeuds sur l’afficheur), le troisième ris (qui paraît énorme au vu des conditions!) laisse déborder le trop plein de voiles à l’extérieur du « lazy jack », au-dessus de la bôme. Il y a un risque de tout déchirer. Yves et Alex sont allés, à tour de rôle, récupérer tout ça, au bout de la bôme, au-dessus de l’eau. Les voir ramper sur la bôme, gifflés par les embruns, à se faire trimballer dans tous les sens par les mouvements du bateau… c’est vraiment des oufs les mecs !?! »