Brest Atlantiques. En approche de Madère, Macif en tête

BREST ATLANTIQUES 2019, de Brest à Brest, via Rio de Janeiro & Cap-Town, sans escale. Mardi 5 novembre, Départ de la Brest Atlantiques.. @ Y. Zedda

Après une dizaine d’heures tendues, à faire le dos rond dans un golfe de Gascogne peu hospitalier, les géants de 32 mètres ont pu profiter de conditions plus maniables à l’approche du Cap Finisterre. Ce matin, la tête de flotte animée par Macif et Gitana 17 glissait toujours tribord amure à plus de 30 nœuds et pointait déjà ses étraves à la latitude de Lisbonne ! Avec 740 milles parcourus en 24h, à la vitesse moyenne de 30,8 nœuds, autant dire que cette grande boucle atlantique est partie sur un rythme élevé.

« L’idée était d’être dans un mode suiveur sur les premières heures de course. On sait que l’on peut aller très vite dans ces conditions avec le Maxi Edmond de Rothschild mais notre volonté n’était pas d’imposer notre rythme mais vraiment d’être observateurs et conservateurs pour aborder le Cap Finisterre avec un bateau à 100 % de son potentiel », détaillait Cyril Dardashti, le directeur général de l’écurie aux cinq flèches, avant de saluer la maîtrise des premiers milles de ses skippers : « Franck et Charles ont parfaitement géré leur début de course en étant prudents mais pourtant bien dans le match avec la tête de course. Ils ont dû négocier des conditions très musclées que nous n’avions pas encore connues sur le Maxi et il fallait trouver le bon dosage, ce qu’ils ont fait. Désormais, la régate va pouvoir s’installer et c’est pour cela que l’équipe travaille toute l’année. »

Sur ce premier point de passage, la flotte des Ultim a été partagée de façon totalement égalitaire, puisque le Maxi Edmond de Rothschild et Actual Leader choisissaient la proximité des côtés de la Galice tandis que Macif et Sodebo Ultim privilégiaient le large.
Une divergence de point de vue que nous expliquait Yann Riou, joint ce matin : « Hier soir on a fait le choix de passer à l’intérieur du DST de Finisterre. Choix conservateur qui nous permettait de garder un cap plus abattu dans le golfe de Gascogne. On a donc rasé les côtes galiciennes ! On a vu des phares, des bateaux et on a même eu le droit à un peu de 4G. Pour accompagner tout ça, je me suis fait quelques tranches de jambon local. C’est aussi à ce moment-là que la mer et le vent se sont franchement calmés, et que l’on a pu s’alimenter plus normalement. La nuit a quand même été tonique avec quelques manœuvres, des moyennes élevées et une visibilité pas toujours au top. »

Le Pot-au-Noir déjà dans les esprits
La vie se déroule en accéléré quand on progresse à plus de 30 nœuds de moyenne ! Brest hier à 11h, la latitude de Lisbonne ce matin au premier jour de course et déjà les esprits scrutent l’entrée dans le Pot-au-Noir, qui devrait intervenir en début de week-end. « L’objectif de la journée est d’aller chercher une bascule dans l’anticyclone des Açores et en faisant cela nous devons traverser une dorsale qui s’étend dans l’axe du détroit de Gibraltar. Cette dorsale n’est pas très active donc il y aura toujours du vent dedans et pas de ralentissement significatif à attendre. À bord, c’est une grosse journée car le vent va tourner tout en mollissant et il faudra adopter la bonne configuration de voiles. Nous affinons actuellement notre point d’empannage et il est important car c’est lui qui déterminera notre point d’entrée dans le Pot-au-Noir en fin de semaine », analysait Marcel Van Triest, le routeur du bord.

Si les 24 premières heures de course qui se sont déroulées dans une ambiance tonique et humide, « casque lourd » ont été peu propices à la compétition, la régate reprend peu à peu ses droits comme le soulignait le mediaman du bord : « Ce matin au changement de quart, Franck et Charles montraient une certaine satisfaction de se trouver « déjà » à la latitude de Lisbonne – ou presque.
Pour Franck, « après une entame de course prudente dans des conditions extrêmes, on entre petit à petit dans un mode régate. »

Autorisé sur Brest Atlantiques, le routage permet aux quatre tandems engagés de se faire aider d’une ou plusieurs personnes extérieures pour choisir leurs trajectoires sur les 14 000 milles du parcours. Chaque team s’organise à sa façon.

Sodebo Ultim 3 : Trois à Lorient, deux en mer

La responsabilité du routage de Thomas Coville sur ses Sodebo successifs a souvent incombé à Jean-Luc Nélias, sauf que sur Brest Atlantiques, ce dernier est à bord, il a fallu donc trouver d’autres compétences pour seconder le duo de Sodebo Ultim 3 : « Notre cellule de routage fonctionne depuis Lorient, dirigée par Philippe Legros, avec Thierry Douillard et Thomas Rouxel, comme bras droits », explique Jean-Luc Nélias. Soit trois marins qui ont l’expérience des grands multicoques pour les deux derniers (Thierry Douillard faisait partie de l’équipage de Sodebo sur Nice UltiMed), de l’analyse de performances pour le premier, qui a beaucoup navigué en Imoca. « Philippe était disponible, j’ai pensé qu’il correspondait au profil. Son rôle, avec Thierry et Thomas, sera de nous mâcher le travail et de nous proposer des choix appuyés et raisonnés, après, ce sera à Thomas et moi de trancher », poursuit Jean-Luc Nélias. « Ce n’était pas évident de trouver quelqu’un qui accepte de router Jean-Luc, sourit Thomas Coville. Philippe m’a bluffé, il a relevé le défi, c’est quelqu’un qui, en plus d’être un bon navigant, a de la répartie, est capable de tenir la pression et de prendre ses responsabilités, il a clairement la carrure. »

Actual Leader : Fidèle à Christian Dumard

A bord d’Actual Leader, Yves Le Blevec joue la carte de la fidélité, puisque lui et Alex Pella, seront secondés par Christian Dumard, avec lequel le skipper de La Trinité-sur-Mer collabore depuis plus de dix ans, en Multi 50 d’abord, en Ultim ensuite. « J’ai une très grande confiance en lui », confirme Yves Le Blevec qui, comme les autres marins participant à Brest Atlantiques, n’entend pas pour autant négliger l’analyse météo en mer : « La stratégie, on la fait à bord. A terre, Christian fait le même job, mais il va un peu plus loin dans la démarche et il peut nous alerter sur des points de détail que nous n’aurions pas vus, parce que nous sommes moins dans la précision. La grosse différence, c’est que la réflexion est plus posée à terre, ensuite, la confrontation des analyses est intéressante. » Et au final, là encore, le dernier mot revient aux skippers en mer : « C’est vraiment Alex et moi qui faisons le gros de la stratégie. Le temps où le routeur te disait d’aller à tel ou tel endroit est terminé », conclut Yves Le Blevec.

Maxi Edmond de Rothschild : Marcel Van Triest fait l’unanimité

Arrivés aux commandes du Maxi Edmond de Rothschild au printemps dernier, Franck Cammas et Charles Caudrelier ont tous les deux souhaité s’appuyer sur la très grande expérience de Marcel Van Triest, avec lequel l’un comme l’autre avaient auparavant collaboré, en multicoque et sur la Volvo Ocean Race. « La première fois que j’ai travaillé avec lui, c’était en 2000 sur mon premier Groupama, se souvient le premier. Le gros avantage de Marcel, c’est que c’est quelqu’un qui navigue beaucoup, et c’est important, parce que le routage, c’est 20% de météo, 80% de stratégie et de performance du bateau : nous avons tous la même base de réflexion, il faut donc bien connaître le type de bateau, la capacité de l’équipage à manœuvrer, ces données influent sur le choix de routage. » Son de cloche identique chez Charles Caudrelier : « Pour nous, c’était l’homme idéal, un choix évident, parce qu’il a beaucoup navigué, il apporte un regard très marin. »

Mais là encore, les deux skippers entendent bien avoir le dernier mot : « Tous les deux, on aime bien la stratégie météo et Franck n’est pas quelqu’un qui se laisse facilement guider, mais il connaît bien Marcel, donc c’est plus simple. Le routage extérieur, c’est un dialogue permanent. Parfois, il va nous demander de faire telle trajectoire, on va lui proposer de faire différemment parce qu’on estime qu’on peut aller beaucoup plus vite en changeant d’angle, ou à l’inverse, on va lui dire que ce n’est pas possible, parce qu’on ne peut pas tenir le rythme qu’il nous demande », poursuit le vainqueur de la dernière Volvo Ocean Race… grâce notamment à un choix stratégique payant soufflé avant la dernière étape par Marcel Van Triest. Franck Cammas conclut : « A deux avec Charles, on a le temps de pas mal réfléchir, mais les conseils de Marcel sont souvent utiles et judicieux ».

Trimaran Macif : Un « Sorcier » bien entouré

Depuis la mise à l’eau du Trimaran Macif en août 2015, François Gabart s’appuie sur l’expertise de Jean-Yves Bernot, alias « le Sorcier », spécialiste reconnu du routage, qui officie notamment depuis des années au Pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt. Ce dernier se fait accompagner dans son antre de Châtelaillon, près de La Rochelle, de Julien Villion, marin touche-à-tout passé par l’olympisme, le Diam 24, le Figaro et les bateaux volants, tandis que la cellule de routage est complétée par des membres de l’équipe Macif qui se relaient : Antoine Gautier (directeur des études), Guillaume Combescure (responsable performance) et Emilien Lavigne (ingénieur recherche et développement). « C’est important qu’il y ait toujours une personne de l’équipe qui sache exactement ce qu’on fait à bord et puisse intervenir s’il faut comprendre des problématiques du bateau », explique François Gabart.

Qui, ajoute, à propos de la relation routeur/routé : « J’adore la météo, mais il y a des moments en mer où tu as moins le temps de t’en occuper. Et comme j’ai totalement confiance en cette équipe, si jamais on a des soucis à bord ou pas de possibilité de regarder la météo, je suis les yeux fermés ce qu’ils me conseillent de faire. Ce qui est important, c’est de comprendre la situation globale dans laquelle on est, mais il y a plein de détails sur lesquels on ne peut pas passer beaucoup de temps. Après, si plusieurs options se dessinent, l’arbitrage final se fait sur le bateau. »