Bol d’or. Récits d’apocalypse

Bol d'or 2019 @NICOLAS JUTZI

Les récits des marins qui ont participé au Bol d’Or ce week end sur le lac Léman font froid dans le dos. La course n’est pas passée loin d’un drame alors qu’une plaisancière, qui ne participait pas à la course, est morte noyée après le naufrage de son bateau. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu d’autres victimes .

Météo Suisse avait pourtant lancé un avis de tempête 24h avant le départ de la course. Un sérieux coup de tabac allait s’abattre sur la flotte du Bol d’Or Mirabaud aux alentours de 17h00. Et si les marins le savait, personne ne s’attendait à cela. Le ciel est tombé sur la tête des concurrents pendant 1h30 dont 40 minutes extrêmement violentes, avec des pointes de vent à 50 noeuds, de la grêle, une visibilité nulle… L’apocalypse! Météo Suisse a enregistré des pointes à 60 noeuds au Bouveret: plus de 110 km/h! Un épisode qui aura duré plus d’une heure avant de se calmer avant que le soleil et une brise thermique ne reviennent et permettent aux rescapés de finir la course.

L’équipage de Jean-Christophe Mourniac avec Tim Mourniac et Antoine Joubert se remettent doucement de cette journée. Partis sur un  Easy To Fly, un bateau à foil de 26 pieds, ils n’ont jamais vécus cela et ne comptent pas le revivre un autre jour.  » On a vu les nuages arriver. On a très vite affalé la GV mais on avait encore le foc. Le vent est monté subitement et a retourné le bateau comme une crêpe. Le mât a cassé tout de suite. On s’est retrouvé à l’eau. » Jean-Christophe Mourniac se retrouve alors sous le trampoline, coincé par son gilet qui s’est gonflé. Un gilet imposé par l’organisation mais mal adapté aux foilers tandis qu’Antoine Joubert a du se débattre pour démêler ses pieds coincés dans les bouts. Ils arriveront heureusement à s’extirper du bateau, remonter sur la coque en attendant d’être remorqué comme de nombreux bateaux.

Autour d’eux, c’est l’hécatombe. Un feu d’artifice de fusées de détresse: c’est ainsi que le lac se présentait peu après 17h00. Il y aura eu 212 abandons sur 465 partants. Plusieurs voiliers ont coulé, parmi lesquels les Toucans Baloo et Ex-Psaros. Le D35 Realteam a démâté tandis que cinq M2 ont chaviré. Enfin, le Libera Principessa a chaviré fond sur fond, le voilier et son équipage ont pu être récupérés.

Le Journal Le Temps rapporte les propos de Jean-Luc Raffini, coordinateur de la sécurité des grandes courses à la Société nautique de Genève (SNG), estime à plus de 300 le nombre de téléphones qu’il a fallu traiter à partir de 17 heures, sans compter les appels radio. 37 interventions ont été coordonnées avec les acteurs présents sur l’eau, soit la trentaine de bateaux moteur de l’organisation, les sociétés de sauvetage des rives du lac et les différentes polices cantonales.
«Le Toucan Expsaros a coulé à côté de nous, raconte l’équipier Bertrand Seydoux, encore secoué par sa mésaventure. Nous avons vu une fusée de détresse alors que nous venions d’affaler la grand-voile. Nous étions à sec de toile. La visibilité était très mauvaise, mais nous avons entendu le sifflet d’un des naufragés. C’est grâce à ce bruit que nous avons pu nous diriger vers les quatre capuchons jaunes visibles à la surface de l’eau
Vincent Jutzi, qui participait à bord d’un petit catamaran F18, relève – tout juste remis de ses émotions – comment il a perdu et heureusement retrouvé son équipier. «Nous avons pris 110 km/h de vent, et le bateau a instantanément chaviré, explique le rescapé. Le vent était tellement violent que le bateau a commencé à rouler sur l’eau, en enchaînant les tonneaux. Après le premier tour, Régis, mon coéquipier, a lâché et s’est retrouvé seul au milieu du lac. J’ai bataillé pour ne pas me retrouver coincé sous l’eau et j’ai réussi à m’extirper. Heureusement, le tender [bateau moteur semi-rigide] d’Alinghi est passé à côté de moi et m’a embarqué. Nous sommes partis chercher Régis, que nous avons retrouvé grâce à sa fusée de détresse et son bonnet orange. Ce que je retiens, c’est l’importance du matériel de sécurité qu’il faut avoir sur soi. C’est ce qui nous a sauvés. Nous ne sommes pas passés loin du drame.»

A bord de Sprindrift, Dona Bertarelli :  » On savait que l’orage allait arriver, que cela allait être fort mais en réalité c’est venu tellement vite. Pendant un moment c’était apocalyptique. A bord du tender, j’ai vu des bateaux tout autour de nous en train de démâter, d’autres de chavirer. On pense naturellement aux hommes, aux femmes, à l’équipage, en espérant qu’il n’y ait pas de blessé ni de gros drames. Depuis toutes ces années où je navigue sur le lac, je n’ai jamais vu des conditions pareilles même si des orages nous en avons vus beaucoup. Enfin là, même après l’orage, les vagues étaient impressionnantes sur le plan d’eau, courtes et vraiment très creuses. »

« Météo Suisse a annoncé la situation de façon très précise et l’information a été transmise aux concurrents. Les gens étaient donc prêts lorsque le coup de vent a frappé et ils ont bien géré la situation. Dans les situations les plus extrêmes, ils ont aussi suivi les consignes. De son côté, le système de surveillance a bien fonctionné et les bénévoles en charge de ce domaine ont fait leur travail avec détermination, sans être débordés. Je leur tire à tous un grand coup de chapeau. » explique le Président du Comité d’organisation Rodolphe Gautier.