Aymeric Chappellier et Phil Sharp complètent le podium

Le podium en Class40 est connu: après Yoann Richomme à 12h22 (heure locale), Aymeric Chappellier (Aïna Enfance & Avenir) a coupé la ligne en deuxième position à 20h16’15, remportant son palpitant mano a mano avec Phil Sharp (Imerys Clean Energy), arrivé troisième, 1h45 plus tard.

Ces deux-là sont décidément inséparables. Depuis deux ans, Phil Sharp et Aymeric Chappellier semblent avoir pris un malin plaisir à s’écharper sur le circuit de Class40. Et si le premier a devancé le second cette année sur la Normandy Channel Race, qu’il a remportée (Chappellier 3e), le Rochelais a dominé le Britannique… basé à La Rochelle, sur la Transat Jacques-Vabre 2017 (2e et 3e), mais aussi en ouverture de la saison 2018 sur les 1000 Milles des Sables (victoire, Sharp 3e). Bref, les deux marins, qui ont quasiment le même âge (38 ans pour Chappellier, 37 ans pour le skipper d’Imerys Clean Energy) et ont chacun une formation d’ingénieur, aiment se tirer la bourre et cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe en aura été la preuve éclatante, avec un mano a mano qui aura duré 16 jours et demi.

Le duel a débuté dès la sortie de la Manche, les deux hommes choisissant la même option, plus Sud que le futur vainqueur, Yoann Richomme, parti dans l’Ouest, ce qui permettra à ce dernier de prendre les commandes et de creuser irrémédiablement l’écart, laissant ses deux poursuivants à leur duel de plans Manuard (2013 pour Imerys Clean Energy, 2017 pour Aïna Enfance & Avenir). Au quatrième jour de course, Chappellier raconte ainsi : « Avec Phil, on ne se voit pas, mais on a l’habitude d’être pas loin : depuis que j’ai mon Class40 Aïna Enfance & Avenir, à chaque fois, le hasard fait qu’on se retrouve tous les deux bord à bord ».

Ce bord à bord va le plus souvent être légèrement à l’avantage du Britannique, qui comptera jusqu’à 20 milles d’avance sur son rival, l’élastique se tendant et se détendant au gré des petits décalages et des soucis techniques : pilote automatique hors service pour Sharp, ce qui le contraindra à beaucoup barrer et à terminer cette transat dans un état d’épuisement avancé, son pilote de secours étant moins efficace, spi medium déchiré pour Chappellier, qui croira un moment la partie perdue, confiant à cinq jours de l’arrivée : « J’ai un peu décroché avec Phil, j’ai mis du temps à recoller mon spi parce qu’il était explosé en trois, du coup, je ne peux pas forcément attaquer, j’ai peur que le spi ne tienne pas ».

Jour après jour, voyant que la réparation tient et conscient des problèmes de pilote de son rival, le Rochelais, passé par la case Mini avant de se mettre au Class40, lâche les chevaux et l’approche de la Guadeloupe va finalement tourner en sa faveur, puisqu’il parviendra lors des 36 dernières heures à effacer une quinzaine de milles de retard pour attaquer le contournement de Basse-Terre à 13h45 (heure locale), avec 20 minutes d’avance sur le Britannique. Un tour qui, contrairement à bien d’autres, ne s’avèrera pas si piégeux, bouclé par Aymeric Chappellier en un peu moins de 7 heures, avec 1 heure et 45 minutes d’avance sur son rival. Qui se consolera, en partie, en remportant le titre de champion 2018 de la Class40, une belle récompense après sa dernière course sur son bateau actuel, Phil Sharp rêvant maintenant de Vendée Globe…

Le temps d’Aymeric Chappellier, arrivé mardi 20 novembre à 20h16’15 (heure locale, mercredi 21 novembre 1h16’15, heure de la métropole) : 16 jours 11 heures 16 minutes et 15 secondes, à 8,96 nœuds de moyenne théorique sur l’orthodromie (11,19 nœuds en vitesse réelle, 4425 milles parcourus). Ecart avec Yoann Richomme : 7 heures 53 minutes et 31 secondes..
Le temps de Phil Sharp (Imerys Clean Energy), arrivé mardi 20 novembre à 22h01’50 (heure locale, mercredi 21 novembre à 3h01’50, heure de la métropole) : 16 jours 13 heures 1 minute et 50 secondes, à 8,92 nœuds de moyenne théorique sur l’orthodromie (11,30 nœuds en vitesse réelle, 4487 milles parcourus). Ecart avec Yoann Richomme : 9 heures 39 minutes et 6 secondes..
Les réactions :

Aymeric Chappellier (Aïna Enfance & Avenir) : « Quel bonheur d’être là, c’est déjà une victoire ! Quand on est partis, il y avait de sacrées dépressions et je n’étais pas tranquille. Mon seul objectif, c’était de passer ces dépressions et j’y suis parvenu. Avec Phil, c’est toujours assez « collé-serré » depuis un an et là, ça a été le cas à nouveau. Ça a duré jusqu’à ce matin où on s’est croisés. J’ai vu son feu dans la nuit et à la Désirade, on a pris le plus gros grain de la semaine, avec 35 nœuds. Lui, il ne lâchait rien, les bateaux étaient incontrôlables. Finalement, j’ai choqué le premier, mais la bagarre a continué jusqu’au bout. Pour revenir sur lui, j’ai essayé une technique un peu différente, j’étais plus en VMG. La houle était très courte, changeait beaucoup d’une heure à l’autre et on avait du mal à passer les surfs. Il fallait parvenir à s’adapter à chaque fois pour glisser un peu plus. Je pense que j’ai bien joué les deux à trois dernières rotations, les derniers grains qui m’ont permis de le rattraper. Mais ce n’était pas gagné ! La dernière fois, c’était lui qui avait gagné, là c’est moi. C’est chacun son tour ! Yoann (Richomme) a lui aussi fait une très belle course. Il nous a lâchés un peu tôt, mais il a très bien navigué et mérite amplement sa victoire ».

© Alexis COURCOUX #RDR201

Phil Sharp (Imerys Clean Energy) : « C’est toujours comme ça avec Aymeric, on était déjà à côté le troisième jour et je savais que ça allait être une bagarre jusqu’à l’arrivée, que ça allait être très difficile de dormir, c’était un match dans la course et c’était la dimension la plus intéressante de cette Route du Rhum, j’étais content d’avoir quelqu’un pour jouer avec moi. Aymeric a fait du bon travail, son bateau va vite, c’est bien, parce que ça m’a poussé, c’est incroyable comment on repousse ses limites, c’est la course au large. C’était une course très mouillée, tous mes vêtements sont mouillés. Nous avons eu deux ou trois premiers jours très difficiles, c’était magnifique de passer ça et d’arriver dans le Sud, à l’Est des Açores, après toutes les difficultés de l’Atlantique Nord. Je suis très content d’être sur le podium, c’était mon objectif, je savais que ça allait être très difficile de gagner avec les bateaux neufs, le mien a déjà plus de 5 ans maintenant. Une Route du Rhum, ce n’est jamais comme prévu, il faut tous les jours trouver des solutions aux problèmes que tu rencontres, la deuxième partie était exceptionnelle, mais fatigante. J’ai eu du mal avec mes pilotes, mon premier pilote s’est arrêté le troisième jour, j’ai mis en place celui de spare, jusqu’à deux jours avant l’arrivée, ça a bien marché, ensuite j’ai perdu beaucoup de temps à cause de ça, le bateau partait en lof ou empannait, il l’a fait une fois quand j’étais aux toilettes… »