Aerial images of Francois Gabart onboard Ultim MACIF, training before the Round the Word Solo Handed Record, off Belle Ile, on October 16th, 2017 - Photo Jean-Marie LIOT / ALEA / MACIF

Le rythme incroyable tenu par François Gabart depuis 5 jours, commencé avant le Cap Horn et tout au long de l’Argentine, va enfin commencer à se calmer. L’effort en valait le coup malgré la fatigue, l’inconfort. Avec +1500 mn d’avance, François Gabart peut voir venir. Il s’est donné des chances supplémentaires de battre ce record avec bientôt près de 6-7 jours d’avance sur le record de Thomas Coville. C’est fou, incroyable. Lui qui commentait en direct l’arrivée de Thomas Coville l’année dernière en se disant que ce record serait extrêmement dur à battre, puis se donnant quelques chances supplémentaires au Cap de Bonne Espérance, n’en revenant pas au Cap Leeuwin, dans l’émotion au Cap Horn, il peut battre ce record bientôt, voir l’atomiser s’il continue comme cela parce que les conditions s’annoncent plutôt bien.
Reste l’état du bateau. Il a pris le temps de le checker entièrement. En dehors de problèmes de galette de J2, apparemment tout va bien.

Depuis dimanche, dans la foulée de son franchissement du Cap Horn, François Gabart a pris place dans un remonte-pente qui, depuis deux jours, le fait grimper vers le long des côtes de l’Amérique du sud à bonne vitesse. « Cela permet d’avancer (vite) vers le nord-nord est dans une zone où, on l’a souvent vu, il n’est pas si facile d’aller vite, racontait le solitaire hier. Il y a du vent fort, une mer pas très jolie avec une houle moins longue que dans les mers du sud. C’est court et creux comme sous l’Australie, il faut veiller à préserver le matériel et le bonhomme ». L’express mène actuellement le trimaran MACIF vers l’est d’une zone sans vent qui sévit du nord de l’Argentine aux confins sud du Brésil. Depuis ce matin, le trimaran MACIF tient encore une vitesse moyenne de plus de 33 nœuds sur 4 heures, et de quasiment 30 nœuds depuis 24 heures. Par la suite, dès ce mercredi, le trimaran MACIF croisera une zone complexe, à la hauteur de Cabo Frio, dans l’est de Rio de Janeiro. Là naissent des dépressions orageuses qui creusent le champ de course comme des taupes et rendent la navigation compliquée. Quelques manœuvres s’annoncent : « Il faudra jouer avec les dépressions pour rejoindre l’alizé et ses vents d’est-sud-est qui m’emmèneront jusqu’à l’Equateur », dit François. Bientôt viendra l’heure du tricotage au large de Cabo Frio.

Réparer cette fichue galette de J2 et prendre soin du reste, trancher parmi les propositions de routage, chercher la vitesse, manœuvrer, se nourrir, dormir. La vie à bord est si rythmée qu’il n’est pas souvent simple de s’accorder le temps de la contemplation. Même quand l’aventure se pare d’exceptionnel, comme c’est le cas depuis maintenant 31 jours. Même dans un univers mental aussi bien ordonné que celui du skipper du trimaran MACIF, les émotions affluent parfois en masse. Elles se résument en conscience, façon d’éviter de se laisser totalement submerger. « L’intensité de vie est exceptionnelle sur ce record, et c’est ce que je cherche. J’ai eu la chance de faire un premier tour du monde en tous points incroyable, je parle du Vendée Globe, et je me suis vite demandé comment parvenir à revivre quelque chose d’aussi fort. Je pense que je n’en suis pas loin, mais en différent, avec une autre intensité. Il y a des points communs (entre les deux tours du monde, ndlr), sur l’intensité physique et mentale, mais l’intensité de ce que je vis comme émotions est exceptionnel ».