Armel Tripon vainqueur en Multi50 de la Route du Rhum

Armel Tripon gagne la Route du Rhum en Multi50. Il a franchi la ligne d’arrivée ce jeudi à 16h32’40 (heure de Guadeloupe) après 11 jours, 7 heures, 32 minutes et 40 secondes de course, à 13,04 nœuds de moyenne. Il est 3è en temps réel soit 3 jours 17 heures, 10 minutes et 53 secondes après Francis Joyon, vainqueur en ULTIME arrivé dans la nuit du 11 au 12 novembre.

« Une arrivée magique avec 20 nœuds de vent au coucher du soleil. Là, je suis porté par l’émotion, par l’excitation de cette arrivée après une course qui a été éprouvante pour les nerfs sur ces bateaux tellement exigeants. Il y a du stress en permanence, ça use. Là, je suis cramé, cuit, mais tellement heureux, heureux de retrouver cette équipe. Car la voile en solitaire est un sport d’équipe aussi, il ne faut pas l’oublier. J’ai eu des frayeurs bien sûr. Il y a 24 heures avec une nuit à grains. Et encore cette nuit aussi, où t’as peur de tout casser avant d’arriver. Des coups de chaud, j’en ai eu bien sûr, je me souviens d’une nuit où le bateau est monté, monté, et je n’arrivais pas choquer et, pour cause, le bloqueur était fermé, je n’avais pas vu. Sinon, les moments clefs sur la course. Et bien, dans les conditions du début, j’ai réussi à me faufiler, à trouver une petite porte pour passer le front un peu plus facilement que les autres. C’est ma deuxième victoire de transat en 15 ans après celle de la Mini Transat (2013) mais celle-ci, c’est celle de la maturité, celle d’un projet monté avec une super équipe. Avec Réauté Chocolat, on s’était donné deux ans pour la Route du Rhum, et on atteint l’objectif, c’est fabuleux. Maintenant, il va falloir partager et fêter ça. »

C’est la deuxième victoire d’Armel sur une grande course transatlantique en solitaire (après la Mini-Transat en 2003), deux ans seulement après avoir débuté le Multi50. Une superbe récompense pour ce marin de 43 ans passé par le Mini, le Figaro, le Class40 et l’IMOCA. Une série qu’il retrouvera bientôt puisqu’il est candidat au prochain Vendée Globe, se faisant actuellement construire un 60 pieds Imoca sur plan Manuard.

La course d’Armel : Premier Multi50 à la porte du cap Fréhel Banque Populaire Grand Ouest après un départ canon, Armel fait le début de la course en tête. Dans la soirée du 4 novembre, il est aussi le premier à buter dans les vents mous du centre de la dépression qui barre la route aux concurrents au large de la Bretagne. Il passe presque toute la nuit collé à moins de cinq nœuds dans des vents erratiques. Lalou Roucayrol (Arkema) est le premier à s’extirper de cette nasse. Lorsqu’Armel s’échappe à son tour, c’est avec 30 milles de retard sur le nouveau leader Arkema. Leurs concurrents n’auront pas autant de chance et devront patienter plus longtemps à toute petite vitesse. Bientôt, Lalou et Armel sont les seuls à foncer vers le Sud pour tenter de fuir le mauvais temps qui doit s’emparer d’une immense zone sur l’Atlantique, de la pointe bretonne à la latitude de Gibraltar.

Le 5 novembre au soir, ils sont au cap Finisterre pendant que le reste de la flotte pointe vers l’Ouest pour passer le premier front. Les conditions de navigation sont difficiles, une deuxième dépression est annoncée et Lalou, épuisé, décide de relâcher 24 heures à Porto (Portugal) pour laisser le gros temps passer. Armel, lui, trace seul son sillage vers le Sud. Le 6 novembre, l’écart latéral avec le groupe de l’Ouest est de 500 milles !
Le 8 novembre, Réauté Chocolat navigue au portant au large de Madère quand les autres sont encore dans le dur du côté des Açores. Le contraste entre les conditions de navigation est saisissant entre la majorité de la flotte qui tire des bords dans des conditions hivernales pendant qu’Armel file au portant sous le soleil. Plus proches de la route directe, Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton Arsep) et Erwan Le Roux (FenêtreA-Mix Buffet) sont longtemps classés en tête. Mais à force de taper dans la mer croisée, leurs trimarans souffrent et les deux hommes sont contraints de s’arrêter à Ponta Delgada, rail de chariot de grand-voile arraché pour le premier, pilote automatique en rade pour le second. Réauté Chocolat, lui se porte bien. Le 9 novembre, il prend les rênes et ne les lâchera plus jamais, augmentant même son avance jusqu’à 300 milles.

Armel est un « jeunot » dans la classe Multi50 qu’il a intégrée il y a deux ans seulement après avoir fait l’acquisition de l’ancien Actual de Yves le Blévec, un plan Verdier-Neyhousser sur lequel il a ajouté les foils monotypes qu’autorise la jauge. Pour rattraper son déficit d’expérience face à Erwan Le Roux et Lalou Roucayrol, les deux hommes les plus expérimentés, grands favoris de cette transat, le Nantais avait multiplié les navigations en solo, en allant chercher le mauvais temps. Au départ de Saint-Malo, il faisait figure d’outsider. « Mon objectif est d’abord d’arriver à l’endroit, déclarait-il quelques jours avant le départ. Ensuite, accrocher une belle place et jouer avec mes armes. »

1- Francis Joyon (IDEC Sport) – ULTIME – le 11/11/18 à 23h 21mn 47 sec

7j 14h 21mn 47sec à 19.42 nœuds sur le parcours théorique de 3542 milles
Distance réellement parcourue : 4367 milles à 23.95 nœuds de moyenne

2 – François Gabart (MACIF) – ULTIME – le 11/11/18 à 23h 28mn et 55sec

7j 14h 28mn 55sec à 19.41 nœuds sur le parcours théorique de 3542 milles
Distance réellement parcourue : 4281 milles à 23,46 nœuds de moyenne

3 – Armel Tripon (Réauté Chocolat) – Multi50 – le 15/11/18 à 16h 32mn et 40sec

11 jours 7 heures 32 minutes et 40 secondes à 13,04 noeuds sur le parcours théorique de 3542 milles
Distance réellement parcourue : 4563 milles à 16,80 nœuds de moyenne