Le trimaran Banque Populaire IX est arrivé par cargo ce mercredi à Lorient après son chavirage au large des côtes marocaines. Une première étape importante dans le contre la montre engagée par le Team Banque Populaire pour qu’Armel le Cleac’h soit au départ de la Route du Rhum le 4 novembre prochain. Nous avons rencontré Armel à Nice hier qui est venu donner le départ de la grande course.

Quel est le timing du bateau ?
Le bateau va être convoyé chez Multiplast à Vannes pour commencer les réparations dès la semaine prochaine. C’est un premier pas de franchi parce que ce n’était pas simple de trouver un cargo rapidement et capable de charger un trimaran comme le nôtre. On ne s’en sort pas trop mal.
Depuis qu’on a chaviré, on a monté une cellule de crise à Lorient avec Ronan Lucas pour trouver les chantiers qui puissent nous aider. C’était compliqué parce qu’ils sont tous aujourd’hui pour la plupart bookés. Mais on a senti une belle solidarité autour de nous pour trouver des solutions, le plus problématique pour nous étant le mât qui conditionne la remise à l’eau du bateau. C’est Lorima qui va refaire notre mât entièrement. On a pu récupérer quelques pièces et les systèmes mécaniques. Le gréement a été commandé également. Il va falloir refaire une grand-voile. On a récupéré le geneaker. A ce jour, nous n’avons pas de date précise mais on est dans une optique de le remettre à l’eau tout début septembre pour nous laisser 7 à 8 semaines pour être au départ du Rhum.  La seule inconnue qui nous reste, c’est l’état de la plateforme. On a fait un contrôle visuel et un tapping à Casablanca. On sait qu’il y a des endroits qui ont été abîmés mais c’est assez isolé, et des parties où des morceaux de mâts sont venus tapés. Il faut tout checker parce que le bateau a été remorqué à l’envers sur 130miles même si les conditions étaient assez bonnes mais on ne prendra aucun risque. On a imaginé tous les cas de figure, mêmes les pires, mais dans le timing que l’on a, tout peut rentrer.

Quid de la casquette ?
La casquette qui a été complètement détruite mais se refait facilement. Ce n’est pas un élément structurel. On n’avait prévu de l’améliorer notamment au niveau de la protection du poste de barre. On avait fait le dès le début de quelque chose de très light avec l’idée d’apporter des modifications au fur et à mesure. Au lieu de faire une version 1.2 on va faire la 2.0 tout de suite.

Tu penses que tu auras un bateau gagnant pour la route du Rhum?
On va tout faire pour. Aujourd’hui cela va être plus compliqué mais tout n’est pas perdu. On a beaucoup navigué déjà dessus avec 2 transatlantiques, 3 jours en faux solo, beaucoup d’entrainements à Lorient. On a accumulé plus de 10.000 miles parcourus à bord. C’est déjà bien. Il restera la qualif à faire. Si je pouvais d’un coup de baguette magique remette le bateau à l’eau, j’y retournerai tout de suite. C’est une vraie frustration de ne plus avoir le bateau. On était sur une bonne dynamique depuis le début. On tenait notre feuille de route. Cela fait partie des aléas de notre métier. On sait qu’il peut y avoir des coups durs, des démâtages, des casses techniques. Là, c’est un chavirage. Ce n’est pas le plus simple à résoudre. En même temps, on a récupéré le bateau, on va être au départ de la route du Rhum, on va se préparer différemment. On ne sera pas favori mais on va tout faire pour. On va travailler pour cela.

Le chavirage ne remet pas en cause le bateau ni la sécurité ?
On se sentait en confiance sur le bateau. On n’avait fait 48h sous 35nds de vent et jamais on ne s’est senti en danger. On avait un système de largage de grand-voile. On n’avait pas encore mis les systèmes pour les écoutes d’avant. C’est plus un sentiment d’être responsable que d’être coupable. On n’a pas fait de faute avérée. C’est une survente de vent. Aujourd’hui, j’ai compris ce qu’il s’est passé. Je ne me refais pas le film. On va sortir grandi de ça. C’est sûr que cela fait mal mais c’est vrai qu’on avait peut-être oublié que ces bateaux-là pouvaient chavirer. Ce sont des bateaux « marins » fait pour des solitaires. J’en parlais avec Thomas qui me disait qu’on n’est pas à l’abri du chavirage comme pour tous les bateaux. Pour moi, cela va me servir pour le futur en me disant que cela peut arriver à n’importe quel moment. Mais cela n’a rien à voir avec les ORMA. Ce sont pas les mêmes bateaux, la même histoire, pas le même accident. Au final le résultat est le même mais ce sont des histoires complètement différentes. Je ne regrette pas ce que j’ai fait en 2005 et aujourd’hui je n’ai pas de frustration, de peur ou d’appréhension pour la suite, bien au contraire. Aujourd’hui je maîtrise à 100% le bateau. C’est vrai qu’on aurait pu rester à Lorient à 3 ou 4 en équipage mais ce n’est pas comme cela qu’on progresse. Il faut sortir des habitudes faciles. Naviguer sur ces nouveaux bateaux équipés de foils, c’est un autre monde. Lors de notre transat Aller-retour, il y a eu des moments fabuleux. On n’avait de la place pas comme au large de Lorient où très vite, il faut anticiper la prochaine manœuvre. Rien n’est pas perdu aujourd’hui. On n’a travaillé avec Franck Cammas sur les performances du bateau. C’était bien d’avoir son avis extérieur un peu critique et il est bon pour cela. Cela nous a permis de gagner du temps. En attendant la remise à l’eau du bateau, je vais faire beaucoup de préparation physique. J’ai 4 mois pour m’entraîner.