@ C. Breshi

La 15è édition de la Solo Maître CoQ a débuté ce matin pour les 24 skippers qui avaient décidé de ne pas décaler le programme malgré les conditions musclées annoncées, une jolie houle et un vent de secteur sud-est soufflant entre 17 et 25 nœuds. La première course de 13 milles qui a été réduite à 11,5 milles valant coefficient 1 a été remportée par Alexis Loison (Custo Pol) suivis d’Erwan Tabarly (Armor-Lux) et d’Anthony Marchand (Groupe Royer – Secours Populaire). La grande course valant coef 3 partira demain.

« J’appréhende un peu, je ne le cache pas. Courir dans 25 nœuds sur des petits parcours, c’est toujours un peu chaud. Le risque est là », annonçait, par exemple, Gildas Mahé (Breizh Cola). Certains coureurs en ont d’ailleurs fait les frais avant même le départ de l’unique course du jour, à l’image de Justine Mettraux (Teamwork.net) qui a talonné avant d’échouer juste à la sortie du chenal, se voyant ainsi contrainte à l’abandon, la faute à une méchante lésion sur le côté tribord de son bateau, sous la ligne de flottaison. Idem ou presque pour Romain Baggio (Maison Meneau – Les Marins de la Lune), l’un des trois bizuths de la flotte, qui a dû jeter l’éponge peu avant le départ en raison de la casse de l’un des supports de ses barres de flèche. Bref, aujourd’hui, il aura clairement fallu jouer la carte de la prudence, à la fois dans ses manœuvres et aux passages de marques. En somme : faire simple. A ce petit jeu, Alexis Loison (Custo Pol) est manifestement celui qui a le mieux dosé. En tête d’entrée de jeu grâce, notamment, à un joli départ en bout de ligne, le Cherbourgeois a dominé la course du début à la fin avant de s’imposer, comme il l’avait déjà fait l’an passé à l’issue de la première manche de cette Solo Maître CoQ.

 Une grande course décisive
« Je ne pouvais pas mieux commencer la course », a sobrement commenté le skipper qui sait que ce qui est pris n’est plus à prendre, mais qui sait aussi que tout va se jouer sur la grande course (une boucle au départ et à l’arrivée des Sables d’Olonne, via Belle-Ile, Yeu et Ré, au coefficient de 3) dont le coup d’envoi est programmé demain à 13 heures. « Les Figaristes devraient partir avec un flux de secteur sud sud-ouest soufflant 18-20 nœuds et faire un peu du tout droit pour remonter jusqu’aux Birvideaux. Pareil ensuite pour redescendre jusqu’aux Sables. Pour résumer, dans cette section du parcours, il ne devrait pas y avoir de grandes options à jouer. C’est donc essentiellement la vitesse qui risque de jouer », note Christian Dumard, consultant météo de la Solo Maître CoQ qui voit cependant la situation devenir un peu plus complexe, ensuite, la faute à un vent mollissant, notamment dans la journée de samedi. « La fin de course s’annonce assez variable », assure Christian dont les derniers routages voient arriver les premiers sur la ligne d’arrivée en milieu de journée ou en début d’après-midi, samedi.

 Paroles de skippers

Alexis Loison (Custo Pol) : « Le parcours a bien aidé à ce que je puisse rester devant du début à la fin. Le premier bord jusqu’à la bouée de dégagement a été important. De mon côté, j’ai réussi, dès le départ, à trouver un petit trou de souris pour pouvoir toujours naviguer avec du vent frais. En plus de ça, j’ai l’impression que j’ai profité d’une bonne vitesse parce que j’ai réussi à creuser l’écart sur les bords de près. Les manœuvres se sont à peu près passées aussi. Au final, la course ne pouvait pas mieux commencer pour moi, surtout que les conditions que nous avons eues aujourd’hui ne sont pas nécessairement mon fort. Les réglages que j’ai testé cet hiver ont l’air de porter leurs fruits alors je suis très content. A présent, j’ai hâte d’être à demain. L’exercice qui nous attend va être très différent mais en tous les cas, ce que je retiens à l’issue d’aujourd’hui, c’est que le bateau est en forme et moi aussi. »

 Anthony Marchand (Groupe Royer – Secours Populaire) : « Le but, aujourd’hui, c’était surtout de ne pas casser le bateau parce que sur des petits parcours, avec des flottes compactes, il peut vite y avoir des contacts aux passages de bouées. Evidemment, je voulais faire le mieux possible et une place de 3e, c’est satisfaisant. C’est une bonne entrée en matière. Ce qui était important aujourd’hui ? Essayer d’être direct dans le rythme, être bien réglé au moment du départ, faire des manœuvres propres et éviter de trop s’enflammer sur des passages de marques. Il fallait, en fait, naviguer en mode « sécurité ». Maintenant, il faut se concentrer sur la grande course. Rééquiper les bateaux avec les duvets, les matelas, la nourriture et préparer la météo. Ça s’enchaine asse vite. Heureusement qu’on a eu qu’une manche ce mercredi. »

 Sébastien Simon (Bretagne – CMB Performance) : « Avec une manche de 6e, je limite la casse. Rien n’est joué car la manche d’aujourd’hui a un coefficient de 1 et la grande course de demain affiche un coefficient de 3. C’est plutôt bien. Pour le reste, je suis content parce que j’ai pris un assez bon départ même si, ensuite, je me suis fait aspirer après la bouée au vent. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais bon, c’est vrai qu’au contact, quand on navigue avec un bateau qui n’est pas à soi, c’est un peu différent. Au large, je me sentirai un peu plus libéré je pense. J’aurais un peu plus les manettes. En tous les cas c’est rassurant parce que j’avance assez bien. Je suis assez optimiste pour cette grande course. Il devrait y avoir beaucoup de jeu et je pense que ça va me plaire. Il va y avoir pas mal de phases de transitions et il va falloir réussir à se placer dès le début. Ça va être intéressant ».

 Vincent Biarnès (Baie de St Brieuc) : « Le départ a été important aujourd’hui. On a vu que les bateaux qui étaient bien partis en bout de ligne avaient su conserver leur avantage jusqu’à la fin. Moi je suis assez content parce que je n’étais pas très bien parti et, finalement, je m’en suis bien sorti puisque je suis passé dans les 5 premiers à la bouée au vent. Ensuite, il ne s’est pas passé grand-chose même si je me suis fait une petite frayeur à la dernière marque. La barre s’est, en fait, coincée dans mon écoute de grand-voile et j’ai failli rentrer dans la bouée métallique Nouch Sud. Ça s’est joué à 30cm. Au bout du compte, une place de 7e pour commencer, ça reste bien. Maintenant il faut se concentrer sur la course à coefficient 3 car c’est surtout elle qui compte. »

 Erwan Tabarly (Armor-Lux) : « Belle entrée en matière. Conditions un peu musclées mais maniables. On a pu faire une belle manche. On a bien bataillé devant. Il y a eu quelques changements de positions à l’issue du bord de portant mais, après, tout le monde a un peu gardé sa place. Il n’empêche que c’était bien et intéressant. Cela étant dit, pour moi, l’objectif principal reste la grande course dont le coup d’envoi sera donné demain. J’ai vraiment hâte de voir où j’en suis au niveau vitesse par rapport aux autres sur des longs bords. Ça ne s’annonce pas si simple. On devait naviguer dans 10-20 nœuds de vent la plupart du temps, avec néanmoins quelques phases de molle. On risque d’alterner des longs bords de reaching et de largue serré. On va avoir un peu de tout mais je vais regarder ça plus en détails ce soir. »

 Tanguy Le Turquais (Everial) : « J’ai pas mal bossé les départs cet hiver. Un peu tout seul, mais aussi avec le Centre Lorient Grande Large. De plus, l’an dernier, j’ai eu la chance de faire le Tour de Bretagne avec Quentin Delapierre qui est un dieu des départs. Il m’a montré sa façon de procéder et aujourd’hui, j’ai juste appliqué ce que j’avais vu avec lui. J’espère que je prendrai d’autres départs aussi bons tout au long de la saison. Mon objectif premier, aujourd’hui, c’était de ne pas casser le bateau et le deuxième, c’était de rentrer dans le Top 10. Au final, je fais 8e. J’ai perdu quelques places parce que j’avais enroulé la première marque à la 4e place. Je me suis concentré à faire des choses simples. On verra ce que ça donne sur la grande course mais j’étais à l’aise en vitesse et en manœuvres. Cela me donne un peu de confiance. »

 Xavier Macaire (Groupe SNEF) : « C’est bien, je suis content de commencer par une place de 4e. En partant sur l’eau, je me suis dit « attention, il y a du vent, de la houle et du monde ». J’ai donc fait des choses simples. J’ai réussi à me dégager, à faire les bords que je voulais. Ma performance d’aujourd’hui me met en confiance pour la suite, même si la grande course qui nous attend est un exercice très différent. Clairement, il va donc falloir basculer dans un autre mode et tourner la page d’aujourd’hui. »

 Alan Roberts (Seacat Services) : « C’était vraiment fun. Je finis 11e, un peu en milieu de flotte. Je suis un peu déçu parce que j’ai fait une mauvaise manœuvre au milieu du parcours qui m’a fait perdre pas mal de places, mais c’est le genre de choses qui arrive. Pour le reste, je suis plutôt content de ma vitesse, notamment au près. Maintenant, il faut se concentrer sur la course au large. Changer de mode. La vitesse va, je pense, être importante car on devrait enchainer les bords de reaching. »