Macif
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C’est déjà un duel de légende que se livrent en tête du Vendée Globe François Gabart et Armel Le Cléac’h. Tous les ingrédients de la mythologie australe semblent s’être donnés rendez-vous pour parfumer l’incroyable bagarre à très haute vitesse qui fait rage en tête de course. Le plus incroyable, peut-être, c’est cette impression d’aisance que dégage le jeune skipper de Macif, comme dans la vidéo, tout sourire, qu’il envoyait hier : « je n’ai pas beaucoup de toile, peu de ballasts, je fais attention car il ne faut surtout pas casser, mais ça n’arrête pas d’accélérer, là on marche… entre 22 et 28 noeuds« .  On croirait entendre Francis Joyon ou Thomas Coville quand ils sont en période de record sur leurs maxi trimarans de 30 mètres ! En 2005, le record sur 24 heures de Joyon était d’ailleurs de 542,7 milles…

Jean-Pierre Dick, 3e à 80 milles du duo de tête sur Virbac-Paprec, avait bien raison hier d’avancer « les conditions de record sont réunies« . De fait, alors qu’Armel Le Cléac’h décidait d’assurer un tout petit peu, deux autres bateaux ont parcouru plus de 500 milles hier : Virbac-Paprec donc et le Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm, 4e ce mardi matin à une petite trentaine de milles de Jean-Pierre Dick. Le Britannique Alex Thomson (Hugo Boss), sur une machine un peu plus ancienne, fait une course magnifique lui aussi en restant dans ce qu’on appelle désormais  » le club des cinq ». Il n’était plus qu’à 120 milles de la porte tôt ce matin.

Un break à attendre?

Les Quarantièmes rugissent donc et les leaders turbinent. Gabart et Le Cléac’h ont envoyé les gennakers dès leur passage à la porte pour glisser encore plus sud, parce que ceci a un double avantage : route plus courte mais surtout possibilité d’éviter une courte zone de calmes prévue pour jeudi. Les cinq de tête ne devraient pas être pénalisés… mais ce ne sera pas forcément le cas des trois bateaux chasseurs de Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (Synerciel) et, un peu plus loin, Dominique Wavre (Mirabaud). Ces trois-là ont peu ou prou 700 milles de retard (l’équivalent de deux golfe de Gascogne, tout de même), mais ils peuvent craindre également l’arrivée sur leur route, en fin de semaine, des restes du cyclone Claudia.

Autrement dit, les cinq de devant pourraient bien avoir une nouvelle occasion sinon de faire un break définitif, au moins d’accroitre encore leur déjà très belle avance. Tous le savent bien sûr, mais en ces contrées désolées ou règnent le froid et les déferlantes, la régate planétaire n’est qu’un des aspects de l’histoire. C’est particulièrement vrai pour les cinq marins de l’arrière qui peuvent ajouter un paramètre : l’isolement total. Pour Javier Sanso (Acciona, 9e à 1500 milles), Arnaud Boissières (Akéna Vérandas, 10e à 1970 milles), Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde, 11e à 2300 milles), Tanguy de La Motte (Initiatives-coeur, 12e à 2500 milles) et Alessandro Di Benedetto (13e à 3030 milles), pas question de s’observer à l’AIS ou de se filmer entre concurrents ! Pour eux, le Grand Sud commence à peine et il est diablement solitaire. L’aventure géante d’avoir devant l’étrave l’Indien et le Pacifique se fera loin des autres. Le curseur vitesse sera d’autant plus difficile à bien positionner. Le curseur aventure, lui, est déjà au max.

Bruno Ménard

Classement de 5h
 1         François Gabart  Macif à 15 209.7 nm
 2         Armel Le Cléac’h  Banque Populaire à 8.1 nm
 3         Jean-Pierre Dick Virbac Paprec 3 à 79.0 nm
 4         Bernard Stamm Cheminées Poujoulat à 118.3 nm
 5         Alex Thomson Hugo Boss à 159.6 nm
 6         Mike  Golding Gamesa à 653.5 nm
 7         Jean Le Cam SynerCiel à 675.0 nm
 8         Dominique Wavre Mirabaud à 850.7 nm
 9         Javier Sanso Acciona à 1505.9 nm
 10       Arnaud  Boissières Akena Verandas à 1967.9 nm

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