Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) lors de la 1ere etape de la Solitaire URGO Le Figaro le 27/08/2018 @Alexis Courcoux

Le départ de la première étape de La Solitaire URGO Le Figaro a été donné dimanche à 13h dans un vent de sud d’une quinzaine de nœuds offrant un magnifique spectacle des 36 solitaires, lancés à plus de 10 nœuds, grand-voile haute et solent, avant de sortir les spis pour faire route vers une bouée de dégagement située à 2,5 milles.

Tous ont ensuite eu le droit à des conditions forcissantes avec des premières rafales à 30-35 nœuds augurant d’une traversée de la Manche express et provoquant malheureusement les premiers dégâts : Nicholas Cherry (Redshift) a dû batailler à l’arrière de son bateau après le décollement de la peau de son safran tribord, tandis que les bizuths Calliste Antoine (ImmoNew) et Pierre-Louis Attwel (Laboratoires Mayoly Spindler – MSD France) ont explosé leur spi lourd. Plus grave, Thomas Dolan et le benjamin de la course, Eric Delamare (Région Normandie), 20 ans, ont été contraints à l’abandon sur cette première étape. Le second à cause de la déchirure de sa grand-voile et de la rupture d’un D2 (hauban), le premier après la casse de la barre de flèches tribord de Smurfit Kappa. Forcément très déçu au moment de rentrer au port de plaisance du Havre à 17h, l’Irlandais, qui nourrissait des ambitions au classement des bizuths, a confié : « Je venais de passer la bouée Radio France quand j’ai entendu un grand bruit et j’ai vu les câbles sous le vent bouger dans tous les sens, j’ai aussitôt affalé. C’est arrivé tout d’un coup, il n’y a pas eu de vrac ou quoi que ce soit. C’est vraiment pas de bol, parce que si jamais ça m’était arrivé cinq minutes plus tôt, j’aurais pu rentrer au port et réparer sans abandonner, parce que ce n’est qu’après le passage de la bouée Radio France qu’on ne peut réparer qu’avec ses propres moyens. C’est dommage, j’étais là où je voulais, bord à bord avec Loïs (Berrehar) et Thomas (Cardrin). » Et si l’intéressé a aussitôt fait part de son souhait de réparer et de repartir dès la deuxième étape entre la Baie de Saint-Brieuc et Ria de Muros-Noia, il comptera trop de retard (le temps du dernier sur la première étape auquel il faudra ajouter deux heures) pour jouer le général.

Dimanche soir, Gildas Mahé, qui avait franchi en deuxième position la cardinale Sud de Pullar, au sud de l’Angleterre, et faisait partie des favoris de la course, a prévenu la direction de course de son abandon sur cette étape suite à la casse des barres de flèche de Breizh Cola. Peu après, c’est au tour de Frédéric Duthil, qui avait signé un excellent départ au Havre, d’avoir été à son tour victime d’une avarie, en l’occurrence la rupture d’une drisse.

Après le passage du coup de vent dimanche, le rythme est resté très soutenu pour les 35 solitaires encore en course. Dès la bouée Sud Pullar passée, dans un vent atteignant encore 30 noeuds, les skippers encore en course ont filé comme un seul homme s’abriter de la mer et du courant direction l’Est de l’Île de Wight, pour la contourner à belle vitesse. Bien en phase avec le courant puisqu’ils retrouvaient le jusant à la Pointe Sainte-Catherine, ils accéléraient dans une mer redevenue brouillonne à la fin de la nuit pour revirer le matin se protéger du courant à nouveau vers la pointe de Portland Bill sur la côte anglaise. Le balai de virements toutes les 6 heures a duré toute la journée, dans un vent d’Ouest de 25 noeuds mais qui mollissait dès la fin de matinée.

Les favoris sont là :  Xavier Macaire, se pressaient ce matin Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) et Alexis Loison (Custo Pol). 8 bateaux se tiennent en 2 milles et tous ont choisi de rester au ras des côtes pour entamer les 140 milles qui séparent Wight de Wolf Rock, prochaine marque du parcours.
Francis Le Goff : “Les conditions du départ ont vraiment été rudes, on espérait que le vent molisse plus vite. Cette nuit, c’était encore fort avec plus de 30 noeuds et une mer rageuse lorsque le courant s’opposait au vent. On a même eu quelques gros paquets de mer qui sont passés au-dessus de la timonerie d’Etoile. La flotte est un peu en avance sur les routages, la casse qu’on a à déplorer n’est que matérielle, donc c’est plutôt satisfaisant. Surtout mis à part Nathalie Criou, les skippers sont très groupés et en terme de surveillance de la flotte, le fait qu’aucun ne soit passé sous le DST est une bonne chose. Ce n’est pas surprenant, mais revoir Charlie Dalin, Seb Simon ou Alexis Loison aux avant-postes après des départs moyens, ça donne le ton de leurs ambitions et de leur maîtrise. Groupe SNEF fait un très beau début, Alan Roberts confirme qu’il est en forme et Anthony Marchand aussi. Le vrai débat, il va se poser dans moins de 12 heures lorsque le vent va abandonner le plan d’eau. Ça va être compliqué jusqu’à Wolf Rock”.

 

Ce mardi, près de 13 milles séparent Corentin Douguet (NF Habitat) qui a pris une courte tête au général d’Eric Péron (Finisère Mer Vent), positionné le plus au Sud. Depuis hier soir et l’abandon pour problèmes de voiles du bizuth Calliste Antoine (ImmoNew), ils ne sont plus que 30 en course avec encore 290 milles vers la Baie de Saint-Brieuc sur le parcours. Devant l’étrave, Wolf Rock se fait désirer et risque d’être un premier juge de paix de cette longue étape. Hier c’était la grosse baston, aujourd’hui, la grosse pétole !”, le constat de Sébastien Simon est prosaïque ce matin à la VHF, mais la voix est claire et le ton presqu’enjoué pour le skipper de Bretagne CMB Performance. En tête une bonne partie de la journée d’hier, très à l’aise en vitesse au portant vers Pullar comme au louvoyage ensuite, Sébastien a creusé une petite avance sur ses poursuivants directs, le groupe Macaire, Loison, Dalin, Marchand. Mais ce matin au classement de 5 heures, il cède la première place au général provisoire à Corentin Douguet, qui le précède de 0,7 milles en distance au but.

En fait, les grandes manoeuvres ont commencé hier en fin d’après midi. Avant le passage du phare de Start Point, à près de 100 milles de Wolf Rock, un premier groupe emmené par Eric Péron (Finistère Mer Vent), suivi de Thierry Chabagny (Gedimat) puis Erwan Tabarly (Armor Lux)plus tard dans la soirée, a poussé le bord loin vers le Sud le bord tribord amures. Un pari sur le vent plus fort au large, au risque de refouler plus de courant ce matin. Au final, Eric gagne certes trois places mais se retrouve à 10 milles du leader, 6 de plus qu’hier soir… A la tombée de la nuit, alors que le vent faiblissait sérieusement, c’est Corentin Douguet qui se montrait le plus opportuniste vers le Nord, en allant se protéger le premier du flot. Une option qui lui a bien réussi, même si comme tout le monde, le skipper de NF Habitat prend son mal en patience : “A la vitesse qui est la mienne en ce moment, j’arrive dans 24 heures à Wolf Rock. J’espère qu’on va récupérer vite un petit flux. Actuellement, on peut pas dire qu’on traque la risée car on ne voit rien du tout. On prend ce qu’on a, il faut essayer de sentir les choses

Sur une mer de cuir dont les amples mouvements troublent l’établissement des voiles, les skippers avouent n’avoir pas dormi de la nuit. Nouveaux réglages de gréement, des safrans, matossage à l’avant, choix du mode de pilote, il a fallu s’adapter graduellement au régime de vent très faible qui pourrait durer jusque tard dans la journée, avant d’espérer voir la pression revenir au Nord-Ouest et envoyer les spis. Depuis 3 heures ce matin, la légère brise d’hier soir s’est effondrée. Avec 2 à 4 noeuds de vent, Il devient très difficile de lâcher la barre, le moindre écart de conduite se payant cash en vitesse.

Etalement

Derrière, les écarts ont sensiblement augmenté. Le premier bizuth Loïs Berrehar est 20ème à 17 milles. A noter, le bon retour cette nuit de Pierre Quiroga (skipper Espoir CEM – CS) et Martin Le Pape (Skipper Macif 2017) respectivement 7 et 8ème qui emmènent un petit groupe dans lequel on trouve par exemple Vincent Biarnès. Mais ces skippers du Top Ten sont déjà relégués à plus de 5 milles dans le tableau arrière de Sébastien Simon.

Au pied du cap Lizard, et à encore 30 milles de Wolf Rock, la flotte recommence à s’aligner de nouveau en naviguant vers le Nord-Ouest. Les derniers milles vers Wolf Rock risquent d’être longs et la pole position pourrait bien changer de mains plusieurs fois dans la journée. Il n’est d’ailleurs pas exclu que les skippers soient obligés de mouiller pour ne pas reculer. Encore faut-il être près de la côte car comme le fait remarquer Corentin Douguet, “avec 80 mètres de fond, c’est pas gagné !”