Début du Trophée des Multicoques à la Trinité

Vingt neuf ans après sa dernière édition, l’événement phare de la Trinité-sur-Mer renaît de ses cendres et renoue avec les valeurs qui ont fait son succès : sport, partage et convivialité. Pendant quatre jours, petits et grands bateaux – du trimaran de 100 pieds aux Diam24 – vont s’affronter sur fond de grande fête de la voile et du multicoque. Pour un grand nombre d’entre eux, dont Idec Sport /Francis Joyon, Sodebo Ultim /Thomas Coville, ou encore Happy /Loïck Peyron, ce sera aussi la dernière occasion de régater avant le départ de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe début novembre.

Il y a un an et demi, sous l’impulsion du journaliste Dominic Bourgeois, bientôt rejoint par le coureur Marc Guillemot et un comité d’organisation de copains passionnés, l’idée de faire revivre le Trophée des Multicoques – épreuve annuelle organisée entre 1980 et 1989 à la Trinité-sur-Mer – naissait. Après de nombreux mois de travail et grâce au soutien de partenaires locaux (institutions, commerçants, artistes), l’idée a pris corps. Et le rêve est devenu réalité. Dès demain mardi et pendant quatre jours, une vingtaine de multicoques de toutes tailles menés par des équipages professionnels ou amateurs vont animer le plan d’eau de la Trinité sur Mer.

Loïck Peyron, un des concurrents de la classe Multi2000 (13 inscrits) à bord de son petit trimaran jaune Happy (plan Newick de 40 pieds), se souvient : « En France, les premiers rassemblement de multicoques dignes de ce nom, c’était ici ! C’était Pen Duick IV devenu Manureva. C’est dans ce port qu’Alain Colas s’était arraché le pied. Le Trophée des Multicoques était le grand rassemblement de tout ce qui flottait sur deux ou trois coques… Et la Trinité est devenue la Mecque du multi avec cet événement ».

En filigrane de ce Trophée nouvelle mouture, flotte en effet l’âme des pionniers. Marc Guillemot, coureur et Président de l’association organisatrice, veut leur rendre hommage : « Les années 80, c’était le début du professionnalisme dans la voile – même si on ne gagnait que le SMIC ! – et ça a été l’explosion des multicoques de course avec des gros bateaux comme Royale, Roger&Gallet. Tous ces skippers qui ont fait de très gros bateaux trop tôt… Mais c’étaient des pionniers qui ont permis d’arriver aux bateaux aboutis que nous voyons aujourd’hui, ceux de François Gabart, de Thomas Coville, de Francis, d’Armel. Avec le renouveau du Trophée, nous ne sommes pas dans la nostalgie, ni dans le « c’était mieux avant », mais il est important de ne pas oublier comment on est arrivé jusqu’ici, nous, les coureurs ».

Les valeurs du Trophée des Multicoques sont aussi celle du partage et de la convivialité. A terre, dans un village ouvert à tous (stands et animations tous les jours de 9h30 à 21 heures), le public pourra croiser les coureurs ; jeunes régatiers, marins aguerris, amateurs et professionnels pourront échanger leurs expériences et créer des liens.
Cet après-midi, déjà, alors que quelques concurrents s’entraînaient en baie de Quiberon, curieux et passionnés assistaient en nombre aux préparatifs des bateaux sur le quai de la Trinité.

En mer, ce sera 100 % compétition avec une série de parcours lancés tous les jours autour de 10h30 pour chacune des quatre catégories engagées : Multis de plus de 30 mètres (les Ultimes Sodebo et Idec Sport), de 15 à 30 mètres (anciens Orma), Multi 2000 (la classe la plus nombreuses avec 11 concurrents inscrits à La Route du Rhum-Destination Guadeloupe) et enfin les Diam 24. Chaque journée sera clôturée par une remise des prix sur le village.

INTERVIEW DE LOICK PEYRON

C’est super que le Trophée des Multicoque recommence ! Ce revival, pour moi, ça tombe bien parce que je suis totalement dans le sujet avec mon petit bateau jaune. Je suis à peu de choses près dans la même configuration qu’il y a 40 ans. J’ai des voiles en dacron, pas d’enrouleur, il n’y a pas de carbone dans mon bateau et c’est un bonheur de mettre les pieds dans du bois ! Ma démarche, c’est un hommage aux pionniers des multicoques de course. Tous les pionniers, les architectes, les constructeurs, les marins grâce à qui nous sommes là aujourd’hui. C’est sympa de mettre un coup d’éclairage sur l’histoire pour mieux voir l’avenir. Ça peut aider. Ce n’est pas pour surfer sur la mode du vintage !  Mais c’est vrai que les jeunes générations se mettent à racheter des vinyles ou à faire des photos en argentique et il y a une prise de conscience qu’il s’est passé des choses avant.  Donc être ici, c’est rendre hommage aux pionniers dont je fais aussi un peu partie. On n’en serait pas là à faire des tours du monde en moins de 40 jours si on n’avait pas fait les premières transats en 25 jours.” Loick Peyron,skipper de Happy, trimaran de 40 pieds, plan Newick, sistership de l’Olympus de Mike Birch, vainqueur de la première Route du Rhum